La cité du Peterbos mérite un plan d’urgence ambitieux

Suite aux derniers événements survenus dans le quartier du Peterbos à Anderlecht, le PTB réagit avec un plan ambitieux. Objectif : revaloriser la cité et assurer la sécurité. Interview de Giovanni Bordonaro, tête de liste du PTB à Anderlecht.

« Que pensez-vous des derniers faits de violences survenus dans la cité du Peterbos ? »

Le PTB condamne les violences qui se sont produites ces derniers jours dans le quartier Peterbos. Rien ne justifie de tels actes. Cependant, il est important de comprendre comment certains jeunes en arrivent à des actes aussi extrêmes. Comprendre les causes ne signifie pas justifier ces actes, mais permet d’apporter des mesures adaptées.

La cité du Peterbos est caractérisée par une population très précaire qui doit le plus souvent dépendre d’elle même pour s’en sortir au quotidien. Les habitants sont stockés les uns sur les autres dans des immenses tours insalubres avec des aménagements inadaptés et mis à l’écart du reste de la commune. Toutes les conditions sont alors réunies pour que s’y développe des problèmes d’insécurité et d'exclusion sociale. Ce désintérêt pour ce quartier est une volonté politique. On voit que pour construire une marina ou faire pousser des logements de luxe pour attirer une population très riche, la commune met toute son énergie et va très vite.

« Oui mais il y a tout de même de graves problèmes de trafic de drogue et ça l’état des bâtiments n’y est pour rien quand même ? »

Le trafic de drogue et la violence des jeunes sont les conséquences visibles du laisser aller de la commune depuis plus de 20 ans. Eric Thomas focalise sur la minorité qui commet ces violences que nous condamnons. A côté de cela il parle de 90 % de gens irréprochables. Mais il oublie de préciser que ces 90 % de gens subissent en silence l’humidité dans leurs appartements, les ascenseurs qui fonctionnent une fois sur deux, la saleté et l’insécurité. Nous avons plusieurs témoignages d’habitants qui tentent de se faire entendre par la commune, mais celle-ci fait la sourde oreille ou répond après de long délai. Mais Eric Thomas est dans le déni de cette situation.

« Et que pensez vous de la réaction de la commune ? »

Je regrette que le collège agit uniquement par des actions coup de poings en envoyant la police en renfort lorsque les choses dégénèrent et ne s’attarde que sur l’aspect judiciaire et répressif.

Selon le PTB, pour résoudre les problèmes de trafic de drogue et de sécurité en général, il faut avant tout s’attaquer à la précarité et remettre en valeur ce quartier et sa population.

« N’y a-t-il pas quand même une responsabilité des parents qui ne prennent pas en main l’éducation de leurs enfants ? »

Je crois qu'il y a des réalités différentes pour chaque foyer.... oui il y a des cas exceptionnels de désintérêt, voire de violence parentale. Mais avant tout, les parents sont dépassés par les événements. On devrait plutôt réflechir à soutenir les parents. Il y a un proverbe africain qui dit: "il faut tout un village pour éduquer un enfant". Et là dessus, la commune d’Anderlecht ne fait rien ou quasi rien.

« Concrètement, comment comptez-vous prendre en main ces problèmes ? »

Nous proposons un grand plan d’urgence en 5 axes et basé sur les besoins et les demandes des habitants, des jeunes et des quelques travailleurs sociaux :

1. Tout d’abord il faut un cadre de vie agréable, cela veut dire :

  • Rénovation de fond en comble de tous les logements sociaux (étanchéité, commun, double vitrage, etc.). la commune a rénové il y quelques années les façades mais tout en laissant l’intérieur dans le même état.
  • Rénovation des terrains de jeu et sports pour les jeunes
  • Construction d’un nouveau centre sportif pouvant accueillir une cinquantaine de personnes
  • Assurer une présence quotidienne d’agents de propreté (en CDI) pour sensibiliser à l’environnement et assurer un nettoyage des allées et parc.

2. Il faut recréer du lien et développer la cohésion sociale :

  • Installation de deux missions locales d’ici fin 2018 qui emploierait à temps plein une vingtaine de personnes, composées d’accompagnateurs sociaux, des éducateurs de rue et agents propreté
  • Organiser des activités mensuelles pour assurer un échange entre les habitants
  • Accompagner les parents pour les aider à encadrer leur enfants
  • Assurer un suivi social pour une partie de la population qui en a le plus besoin (aider dans les démarches administratives, assurer une présence physique pour les personnes âgées, rencontrer les gens et transmettre leur préoccupations à la commune

« Tout cela c’est bien, mais les problèmes de sécurité alors ? »

3. Bien sûr nous voulons, nous aussi assurer la sécurité, nous ne faisons pas d’angélisme.

  • En partenariat avec le futur commissariat de quartier prévu fin 2018 et les agents de quartier, assurer une présence quotidienne d’éducateurs de rue et de gardien de la paix. Objectif : rétablir un lien de confiance avec les jeunes, miser sur la prévention et l’accompagnement intensif.
  • Miser sur des sanctions réparatrices en y intégrant l’aspect éducatif
  • Établir un service d’encadrement multidisciplinaires pour les multirécidivistes

4. Mais tout cela ne sera d’aucune utilité si l’emploi n’est pas placé au centre de l’action, car l’emploi est un vecteur d’intégration sociale.

  • Via la mission locale, les accompagnateurs sociaux doivent aider les habitants à trouver un emploi en les accompagnants dans les démarches administratives, dans la recherche d’emploi, etc.
  • Organiser des séances d’alphabétisation pour les adultes

5. Et enfin il faut assurer l’éducation des jeunes et la réussite scolaire pour tous.

  • Via la mission locale, organiser des écoles de devoir pour aider les jeunes en décrochage scolaire
  • Assurer un enseignement de qualité avec 15 élèves par classe maximum dans le primaire.

« Ce plan est très ambitieux, mais comment financer tout ça ? »

Il y a des choix qui sont posés par la commune, comme ceux de financer des projets de prestiges. On prévoit des millions pour une marina avec des yachts, on prévoit des centaines de milliers d’euros pour la place de la Vaillance pour y construire un parking privé. Les plans pour transformer Anderlecht en nouvel eldorado pour promoteurs immobiliers vont coûter des millions à la commune. Et pendant ce temps là, le Peterbos est à l’abandon depuis 15 ans. Ce sont bien des choix de société que font les autorités communales. Ils ont de l’argent, mais ils ne l’investissent pas pour les Anderlechtois. Nous voulons changer complètement les orientations des investissements de la commune. Nous voulons investir dans la population anderlechtoise.

« Vous restez optimiste malgré tout ? »

Bien sûr, la majorité des gens veulent vivre ensemble, ils veulent un quartier sûr et accueillant. Ils veulent pouvoir vivre dignement. Il faut leur en donner les moyens et vous verrez les choses s’amélioreront. C’est notre pari avec le PTB.