Speech du 1er mai 2018 : D’un printemps social vers un été chaud ?

Chers amis, chers camarades,

Aujourd’hui, nous sommes tous Lidl.

Lidl, c’est l’hyperflexibilité, c’est faire la caisse, décharger des palettes, remplir les rayons, cuire le pain et nettoyer le parking. C’est toujours bondir aux ordres pour boucher les trous, et ne jamais avoir le temps de finir son travail.

Lidl, c’est travailler à temps partiel avec 0 % de chance d’obtenir un contrat à plein temps. Et c’est justement dans ce secteur que le gouvernement lance les jobs flexibles. Cela met encore plus la pression sur les contrats.

Lidl, ce sont des horaires toujours changeants, jusqu’à la dernière minute. Des jeunes mamans qui doivent réserver la crèche 5 jours par semaine, au cas où, bien qu’elles ne travaillent que 20 heures par semaine. Être payé mi-temps, mais devoir être disponible 5 jours sur 5, voilà la réalité.

Lidl, c’est se tuer pour 1300 euros par mois, alors que le grand patron est devenu la plus grosse fortune d’Allemagne. 37 milliards d’euros. 37 milliards d’euros pour lui, 1300 euros par mois pour ceux qui font le boulot.

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Flexibilité et bas salaires. Mais ce n’est pas le plus important. « Il suffit qu’une seule personne ose dire non pour que tout change » a écrit Bertolt Brecht.

Les travailleurs de Lidl, eux, ont dit « non ». Non pas un travailleur, mais beaucoup de travailleurs. Énormément de travailleurs. Des magasins sont fermés avant même que les permanents syndicaux aient pu passer. Beaucoup se sont affiliés au syndicat pour la première fois. Parce que les syndicats osent dire non aux dictats de Dieter Schwarz, osent dire non aux valets des Schwarz dans notre gouvernement.

Ce sont les gens de chez Lidl, ceux qui n’ont pas droit au chapitre, c’est justement eux qui osent se battre, camarades. Respect. Respect d’être un exemple pour tous, pour un printemps social torride.

Chers amis et camarades,

Nous sommes tous des gens de Lidl. Ce qu’ils font, nous le faisons tous. Dépanner partout et ne jamais parvenir à être à jour. Hyperflexibilité. Travailler plus longtemps. Et ne pas être respectés. Au contraire. Celui qui s’absente pour un poignet foutu, un dos foutu, un corps foutu ou pour burn-out risque, du fait des nouvelles mesures gouvernementales, d’être mis à la rue sans rien.

Le savez-vous ? Pour une femme d’ouvrage, l’âge moyen auquel sa santé flanche est de 55 ans à peine. Là, il faut s’arrêter. À 55 ans, le corps dit : stop, c’est assez.

Et que fait ce gouvernement ? Il les fait toutes travailler jusqu’à 60 ans. Plus personne ne pourra s’arrêter avant 60 ans. Même pas ceux qui exercent les métiers les plus pénibles. Ce n’est pas de la folie, ça ?

Alors il est normal que les gens se mettent en congé de maladie si on ferme les portes de la prépension. Mais la chasse aux malades est lancée par Maggie De Block. 13 000 des 16 000 malades de longue durée ont déjà été licenciés par cette procédure. C’est une machine à licencier gratuitement.

Amis, camarades, nous devons dire « NON ! » à la pension à points. Disons « NON » le 16 mai à la pension à points de ce gouvernement. Car il y a urgence. Bacquelaine a annoncé un projet de loi pour l’été. Ils disent que la mobilisation ne sert à rien, mais ce gouvernement est très mal à l’aise devant la mobilisation. Bacquelaine avait annoncé un projet de loi pour décembre 2017, avec la manif du 19 décembre, il a annoncé que ce serait pour le printemps 2018, et finalement, il a annoncé son projet pour cet été.

Ne soyons pas dupes quand Baquelaine annonce dans la presse qu’il n’est pas nécessaire de voter ce projet pendant cette législature. Sur Twitter il a répondu à Benjamin Pestieau : « Pas question d’abandonner la pension à points ». Eh bien, Monsieur Bacquelaine : pas question pour nous d’abandonner la résistance ! Nous ne sommes pas des pigeons. La seule raison pour laquelle les délais de la réforme n’ont pas été respectés, c’est la pression de la mobilisation. Mais nous savons aussi que l’Europe a encore insisté auprès de la Belgique : ils doivent faire passer la réforme pour que le montant et l’âge de la pension puissent être automatiquement adaptés afin de diminuer le coût des pensions.

Camarades, nous sommes engagés dans une bataille de longue haleine. Nous allons faire comme en Autriche, où la pension à point a été refoulée par une mobilisation de deux années. Non, la réforme ne sera pas votée, ni en été ni après l’été. Ni par ce gouvernement ni par un gouvernement futur.

Car nous n’avons aucune illusion, camarades… Qui a dit en 2012, que « travailler plus longtemps, c’est juste du bon sens ? »

Que s’est-il passé depuis ? Un PTB qui se renforce, et un PTB qui pèse sur le débat et la lutte des classes en Belgique. Un mouvement contre la pension à point, voilà ce qui s’est passé… Ne l’oublions jamais. Nous ne tournons pas avec le vent. Nous ne tournons pas avec le dernier sondage. Nous avons une boussole, et c’est notre vision de la société.

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Notre combat, ce n’est pas un combat contre une mesure, mais pour créer la société comme nous la voyons. Un combat de plus de 170 ans déjà, si on compte à partir du Manifeste du parti communiste. Cette année, cela fait 200 ans que Marx est né, ce géant de l’humanité qui a inspiré tant de luttes de travailleurs. Je vous invite à venir ce samedi 5 mai à la journée Marx 200 à la Tentation où nous voulons mettre en valeur Marx, et ses idées.

Car si ce 1er mai, nous sommes là, c’est grâce à toutes ces générations avant nous, impliquées dans ce grand et noble combat pour une autre société, une société socialiste. Des gens comme nous, qui se sont engagés pour l’avenir. Quand tout le monde disait que c’était impossible, ils ont rêvé, eux, la société qui était nécessaire pour eux, pour nous.

Une société où nous pouvons travailler pour vivre, et non pas vivre pour travailler. Une société où nous pouvons travailler pour aimer, pour nous soigner, pour nous amuser, pour voir grandir nos enfants, pour contribuer à la société, pour participer et nous engager.

Il faut que l’économie se mette au service de l’humain. Nous en avons besoin. Il faut que ça commence dès aujourd’hui, par des carrières à la mesure de nos vies. Le droit de pouvoir partir à 65 ans. Le droit d’une pension digne d’au moins 1500 euros net. Le droit de partir en pension anticipée à partir de 60 ans, et pour ceux qui ont travaillé dans des métiers pénibles, à 58 ans. Si Charles Michel peut prendre sa pension à 55 ans, pourquoi pas nous ? Est-ce qu’ils produisent de la richesse, eux, les parlementaires ? Non. Pourquoi, une pension à 55 ans est-elle possible pour Michel, et pas pour ceux qui font tourner ce monde tous les jours ?

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Chers amis, camarades, ils disent qu’il n’y a pas d’argent. Ils mentent.

Car c’est quinze milliards d’euros que nous coûte la farce des dindons volants. Avec un fonds de 15 milliards pour des chasseurs à réaction, nous pouvons payer chaque mois pendant dix ans 415 euros de supplément de pension aux 300 000 pensionnés qui se trouvent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté. C’est un choix politique. Au service de qui est-on et n’est-on pas ?

Au service de qui notre gouvernement est-il ? Cela a été confirmé encore dernièrement. Ce gouvernement NVA-MR a accordé un siège à la Banque Nationale belge à Cédric. Vous connaissez Cédric ? Non, peut-être le reconnaîtrez-vous mieux grâce à son nom de famille : Frère. Avec Cédric, ce siège sera déjà occupé par la troisième génération de la dynastie Frère. Après Albert, il y a eu Gérald, et maintenant Cédric. Le petit-fils. C’est là qu’on voit qu’au centre de notre société, au cœur de notre économie, il n’y a aucune démocratie, aucune alternance. C’est le principe dynastique qui joue.

Et quand Marco Van Hees critique cela au parlement, la réaction, vous avez vu la réaction ?

Jan Jambon rit. Il en rigole. Avec superbe. Avec arrogance. Fier de lui. Sur le mode « qui pourrait nous faire quoi que ce soit ».

Nous sommes gouvernés par les partis de la haute finance. Fiers d’eux et arrogants. Ils ne donneront pas un liard pour les conditions de travail des caissières de chez Lidl ou les ouvriers d’AB InBev. Ils se cramponnent à leur poste et mentent effrontément.

Et oui, ils mentent effrontément. Ils ont menti à propos de l’âge de la pension. Pas un seul parti n’a écrit dans son programme qu’il fallait augmenter l’âge de la pension, mais après les élections, on l’a vite augmenté.

Ils mentent sur leurs démarches contre le grand-capital. Il paraîtrait même qu’ils allaient engager pour cela une sorte d’alligator, un caïman. Ça aIlait rapporter 500 millions d’euros, cette taxe Caïman. Il y a trois ans, en 2015, nous avons déjà dit que ce serait un caïman sans dents. Un caïman sans dents, tout juste bon pour le psychologue. Et en effet, la taxe rapporte cent fois moins qu’escompté. Cent fois moins ! À peine 5 millions d’euros.

Ça suffit, et partout couve le feu de la résistance sociale. Chez Lidl ; Brico, Carrefour, AB InBev, chez Telenet, chez Brussels Airlines. « La Flandre, en cette veille de 1er mai semble être socialement en feu », écrivait De Tijd ce week-end.

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Ça bouge dans tout l’Europe contre les mêmes politiques imposées partout par le patronat européen et ses acolytes. En Allemagne, les services publics réclament une augmentation de salaire après tant d’années de gel de salaire.

Et hier, chez nous aussi, les services publics étaient en grève. Quatre fonctionnaires sur cinq qui vont être pensionnés ne seront pas remplacés. Ceux qui resteront vont devoir travailler plus dur et plus longtemps, pour moins de pension. On fait des économies draconiennes sur les forces de travail des entreprises publiques. Et les fonctionnaires et leurs syndicats ont donc dit « non » hier. Et nous sommes à leurs côtés. Car ce sont des services publics.

En France, les cheminots font un bras de fer avec Macron qui veut casser les syndicats, comme l’a fait Tatcher avec le syndicat des mineurs. Mais ça ne marchera pas. Un plan d’action est mis sur pied avec deux jours de grève par semaine pour mettre fin à la privatisation du rail. Ils sont soutenus par les éboueurs, les infirmiers, les étudiants, etc. Aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes manifestent dans les rues à l’appel des cheminots.

En Espagne, on continue à se mobiliser contre la version espagnole de la pension à points. Les manifestants exigent une augmentation des pensions et annoncent qu’ils augmenteront le nombre de manifestations jusqu’à ce qu’on satisfasse à leurs exigences.

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Ça suffit ! Trop, c’est trop. Nous devons dire « NON », et nous organiser. Nous devons dire « NON » et nous mobiliser.

NON, les services publics ne sont pas trop chers. Ce sont vos cadeaux aux multinationales et aux millionnaires qui nous coûtent cher.

Non, des salaires convenables ne sont pas impossibles à payer. Ce sont les salaires démesurés des PDGs de la grande industrie qui sont impossibles à payer.

NON, nos pensions ne pas trop chères. C’est l’OTAN et ses avions de guerre qui nous coûtent trop cher.

Disons NON, et allons tous manifester le 16 mai à Bruxelles. Pour des pensions dignes, pour des emplois dignes. Pour le respect. Et pour faire reculer ce gouvernement de menteurs et du grand-capital.

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