La nouvelle Déclaration du Cocof laisse beaucoup de questions sans réponse et beaucoup de problèmes sans solution.

Lors de la Déclaration de Politique Générale de la Commission Communautaire française de Bruxelles, présentée par la ministre-présidente de la Commission Communautaire française de Bruxelles Fadila Laanan (PS), Claire Geraets, député PTB, est intervenue sur l'enseignement, le manque de places dans les crèches et la problématique avec laquelle les personnes handicapées sont confrontées.

Prosperité pour qui ?

« A l’écoute de la Déclaration de Politique Générale ce jeudi, j’étais très interloquée. » réagit Claire Geraets. « La ministre-présidente expliquait que 'si Bruxelles est la 4° Région Européenne qui connait une telle vitalité économique, c’est aussi en partie grâce à l’action de la Cocof.' et que Bruxelles est une ville avec une vie économique en pleine 'prospérité'. Mais elle a oublié de mentionner la prospérité pour qui ? Sans doute pour les organisateurs des congrès commerciaux et des évenements bling bling. Car si Bruxelles est effectivement la 4° Région la plus riche d’Europe, les habitants sont pauvres : 4 enfants sur dix vivent dans une famille sous le seuil du risque de pauvreté. »

 

L’urgence des personnes handicapées n’est pas l’urgence des politiques

Dans sa Déclaration, Fadila Laanan défend le fait que la Cocof est un outil indispensable au bien-être de plus d’un million de citoyens francophones. Elle est en charge de l’aide aux personnes handicapées, l’action sociale ou encore l’enseignement, l’accueil de l’enfance, le sport, la culture, la santé.

Mais soyons concrets : son budget est de moins de 500 millions d’€ annuels. Moins de 500 € par an et par personne. Je pense que des moyens aussi réduits imposent la plus grande modestie, car les réalisations ne peuvent qu’être insuffisantes par rapport aux besoins.

Les membres du GAMP (Groupe d'Action qui dénonce le Manque de Places pour personnes handicapées de grande dépendance) dénoncent depuis des années le manque de places et de services pour les personnes en grande dépendance, malgré quelques avancées récentes dues en fait surtout à leur combativité.

Les parents sont là à chaque rentrée parlementaire depuis des années pour rappeler leurs situations concrètes aux élus et au gouvernement. Ils rappellent également la nécessité de normes d’encadrement pour les handicaps de grande dépendance.

Le 20 septembre dernier, j'avais posé la question de la Convention Prioritaire entre la Cocof et la Région Wallonne, pour faire face aux situations d’urgence concernant les personnes handicapées. Les familles attendent cette convention depuis 2014. Malgré le changement de majorité en Wallonie, les compétences sont restées dans les mains du CDH en Wallonie ET à la Cocof. L’accord devrait être facile à signer entre ministres du même parti. Pas de réponse dans la déclaration d’hier. Faut-il en conclure, comme le disent les familles, que l’urgence des personnes handicapées n’est pas l’urgence des politiques?


 

Un manque criant de places dans les crèches.

Par rapport aux promesses, il manquera plus de 1300 places en fin de législature. A cela Madame Lanaan répond que la Cocof dépend de l’ONE. Mais alors, pourquoi promettre des places dont la réalisation ne dépend pas de la Cocof ? Cela ne peut entrainer que de faux espoirs, et forcément des frustrations. D’autant plus qu’il y a un mois, la ministre-présidente parlait de près de 2500 places et que promettait d'y revenir lors de la déclaration de politique générale. Finalement hier, le chiffre de 2000 places à l'horizon 2020 tombait.

D’année en année, on sera donc passé d’une promesse de 3750 places en crèche en 2017 à 2000 places en 2020. C’est insupportable pour les parents désespérés sans solution pour leur bébé.

Ce n’est pas aux parents à payer, et payer cher puisqu'une place chez une gardienne privée peut s'élever à plus de 600 € par mois, ce n'est pas aux parents de payer les conséquences des méandres institutionnels belges.

D’autant plus que l’argent est là : plus de 20 millions d’€ en attente au budget 2017. Pourquoi la Cocof n’ouvre-t-elle pas de crèches en son nom propre, plutôt qu’attendre des projets privés ou publics à subsidier ensuite?
 

La crise dans l'enseignement ne sera pas résolue via une déclaration d’intention

La ministre-présidente déclare qu'elle a 'l’ambition d’apporter toujours plus de qualité dans l’Enseignement qui dépend de notre institution'.

C’est intéressant parce que la qualité de l’enseignement, ou plutôt l’absence de qualité de l’enseignement, c’est justement ce que les enseignants et les étudiants de la Haute Ecole Lucia de Brouckère qui dépend de la COCOF dénoncent régulièrement. Depuis le début de la législature, il y a eu des actions du personnel et des étudiants en 2014, 2015, 2016, et en 2017. Tous les ans donc. Lors d'une action du 20 juin, les travailleurs ont évoqué de nombreux problèmes et ont rédigé une motion pour les dénoncer. Beaucoup évoquent des départs, des démissions, des changements d’attribution vexatoires, tant le climat au sein de l’école est mauvais.

Régulièrement, madame Lanaan annonce que « l’enseignement est une priorité ». Quoique, en 2014, il n’y avait rien sur le sujet dans l'allocution d’octobre. En 2015, lors de la déclaration de politique générale elle a dit : « La Haute école Lucia De Brouckere fait également l’objet de toute notre attention ». Elle annoncait même un budget supplémentaire.

Au-delà de ses déclarations d’intention, on ne perçoit pas très bien les changements cette année (par rapport aux années précédentes). Les efforts seront-ils suffisants pour enrayer la crise qui couve depuis des années dans la Haute école ?

En conclusion, pour le PTB, la déclaration de politique générale d’hier laisse beaucoup de questions sans réponse, et surtout beaucoup de problèmes sans solution.