Nouveau plan de stationnement à Saint-Gilles : inefficace et injuste

Ce 1er février, la Commune de Saint-Gilles a décidé d'un nouveau plan de stationnement. Entre autres mesures, le tarif des cartes de stationnement pour les habitants passe de 5€ à 10€. Les réactions se sont succédé, notamment sur les réseaux sociaux. La section locale du PTB s'est également exprimée contre ce plan, mais aussi contre le "tout à la voiture", pour le développement de réelles alternatives écologiques à la voiture, pour une fiscalité communale qui ne s’attaque pas aux gens sans discernement. Explications d’une position à contre-courant.

La voiture, une solution par défaut pour de nombreux ménages

Au 21ème siècle, les solutions de mobilité ne passent évidemment pas par la voiture individuelle. Ou, plutôt, "ne devraient plus" passer par là. Car pour beaucoup de ménages, la voiture reste malgré tout incontournable : horaires décalés, raisons de santé, famille qui habite loin, nombreux enfants, etc. Et, au rayon des alternatives crédibles, on ne trouve malheureusement pas grand chose : les transports publics sont sous-exploités en soirée et le week-end et les tarifs ont beaucoup augmenté ces dernières années. Des gares disparaissent, des lignes de train sont supprimées, le RER est au point mort, etc. Même si à Saint-Gilles, on peut faire beaucoup de trajets à pied ou en transport en commun, le problème se pose lorsqu’il faut sortir de la commune.

Martin témoigne : "J'ai trouvé un travail tout proche de chez moi, à seulement une quinzaine de kilomètres. Je pensais de cette manière être dispensé de voiture. Mais voilà, j'ai été engagé comme chef d'équipe dans cette usine, et je travaille en horaire décalé. Impossible pour moi de rejoindre mon travail pour 5h50 le matin, ou de le quitter après 22h le soir. Je n'ai donc pas eu le choix : j'ai rejoint la galère des automobilistes, pour pouvoir aller travailler. C'est fou, non ?".

Une politique qui fait tourner les gens en bourrique et des amendes qui pleuvent

En plus de doubler le prix de la carte de stationnement, la réforme du plan de stationnement remplace des zones vertes (accessibles aux habitants du quartier) par des zones grises (payantes ou accessibles seulement aux habitants du secteur), ce qui réduit encore les possibilités de stationnement. Sans compter la présence de nombreux chantiers dans le bas de la commune qui engendrent encore plus de pénurie de places. Chaque jour et pour chaque automobiliste, ce sont des dizaines de minutes qui sont passées à chercher une place pour se garer. En fait, les gens paient plus cher des places qui n’existent même pas (le nombre de cartes de stationnement vendues est supérieur au nombre de places en zone verte). Et certains finissent par trouver une solution en-dehors du règlement… Bref, les tensions augmentent.

Même pour 60 secondes, même si le plan de stationnement est absurde et incompréhensible par endroits, aucune indulgence, ce sont directement 25€ qui sont prélevés via les amendes. Jeanne-Marie, Saint-Gilloise depuis des années, a d'ailleurs interpellé le conseil communal à ce sujet : "J'habite en zone frontalière avec Forest, sur l'avenue Fonsny. J'ai toujours été en ordre avec ma carte de stationnement, mais un règlement absurde permettait quand même aux agents de me verbaliser. J'ai dû aller à plusieurs reprises à la cellule stationnement de la commune, pour qu'ils m'expliquent que je n'avais pas le droit de me garer dans ma propre rue. C'est complètement surréaliste. Avec mon interpellation et avec la pression que de nombreuses personnes comme moi ont dû exercer, la commune avait été forcée d'assouplir son règlement. Mais beaucoup de gens ne peuvent pas se défendre comme je l’ai fait et continuent à payer des amendes injustifiées."

Des mesures qui n’ont rien à voir avec l’écologie

Dans l'argumentaire officiel pour justifier les plans de stationnement payant, on entend parfois que le but serait de dissuader les habitant.e.s de rouler en voiture. Pourtant la politique du stationnement payant pratiquée depuis plusieurs années n’a pas stoppé l’augmentation du nombre total de voitures, c’est un coût supplémentaire pour les ménages qui finissent par adapter leur budget (seuls les ménages les plus pauvres doivent parfois abandonner la voiture). Mais surtout : une étude réalisée dans des villes françaises montre que la recherche d’une place de stationnement serait responsable de 5% à 10% de la circulation. Cette politique engendre donc plus de pollution [1].

Si le but n'est pas de diminuer la pression automobile, alors quel est-il ? Ne cherchons pas la réponse trop loin. Les recettes de stationnement sont inscrites dans le budget de la commune : 3,9 millions d'euros en 2014 et même 4,8 millions deux ans plus tard. C’est un budget de plus en plus important que la commune a tout intérêt à continuer d’augmenter, sans pour autant améliorer réellement la mobilité. Il s’agit ni plus ni moins d’une taxe forfaitaire. C’est-à-dire que, quels que soient vos moyens, vous paierez le même prix pour vous garer. D’ailleurs si l’objectif était réellement d’améliorer la mobilité et la qualité de l’air, les responsables politiques n’auraient pas décidé d’augmenter les tarifs de la STIB, ils développeraient de vraies pistes cyclables, poseraient des boxes à vélo gratuits, etc.

Les autorités communales mal à l’aise

Face à une telle évidence de contradiction, la commune s’empêtre dans le mensonge. En réaction à notre positionnement dans la presse, elle prétend qu’elle n’avait pas le choix d’augmenter les tarifs, que c’est la région qui le lui impose. Il existe bien une ordonnance régionale qui fixe le montant minimum à 10€ pour la carte de stationnement. Mais d’autres communes (comme Anderlecht ou Saint-Josse) ont pu faire le choix de la gratuité. Bref, c’est le discours habituel de déresponsabilisation, alors qu’en plus dans le cas de Saint-Gilles ce sont clairement les mêmes partis et les mêmes personnes qui se retrouvent aux deux niveaux de pouvoir.

Des taxes injustes qui cachent un problème de financement structurel

Ces taxes de stationnement s’ajoutent à une liste de plus en plus grande : augmentation des tarifs pour la piscine, pour les garderies scolaires, pour les documents administratifs obligatoires, pour un emplacement lors d’un emménagement, pour les “machines à sous” dans les cafés populaires, etc. Sans compter des amendes de plus en plus nombreuses et qui sont même budgétisées à l’avance. Bref, la facture finit par peser de plus en plus pour les ménages les plus modestes.

Comment en est-on arrivés là? Avec la privatisation du Crédit Communal, la faillite de Dexia, la régionalisation, la fin du fonds des communes et les traités européens, les communes sont poussées à chercher de nouvelles sources de financements. Ajoutons à cela les choix assumés de moins taxer les grandes entreprises avec notamment la suppression de l'impôt sur la force motrice (à Forest par exemple, l’usine Audi ne paie pas d’impôt !) et nous y sommes : les communes “doivent” taxer les ménages. Moins riches, mais plus nombreux, les gens sont sollicités pour combler les trous budgétaires. Pour le PTB, il est nécessaire de démasquer toutes les stratégies qui consistent à faire payer aux gens la facture des crises. Car à long terme, il faudra se battre pour sortir de ce cadre austéritaire à l’intérieur duquel aucun progrès déterminant n’est possible.

L’air tue chaque année 632 Bruxellois ! Besoin urgent de vraies solutions

A très court terme et pour limiter le parking sauvage et la circulation engendrée par tous ceux qui cherchent une place, il est possible d'autoriser les riverains à utiliser les grands parkings privés sous utilisés, comme celui de Porte de Hal. Mais pour résoudre les problèmes de mobilité et de qualité de l’air (632 morts par an à Bruxelles !), les solutions doivent être collectives et ambitieuses : un plus grand développement des transports publics (STIB, mais aussi RER et liens avec les autres réseaux), un plan réaliste pour rendre ces transports bon marché (comme cela se fait dans certaines villes), des offres démocratiques pour parquer et entretenir son vélo, de vraies pistes cyclables partout où c’est possible, des opérations de sensibilisation pour inciter et respecter la mobilité douce, … Sans oublier que dans la région, la majorité des particules fines sont en fait produites par le chauffage, les transports de marchandises et les industries aux alentours. Ce défi nécessite donc un investissement public important (nous réclamons depuis des années une agence régionale d’isolation) et un changement radical dans l’organisation de notre système économique. Et cela passe par une confrontation entre les intérêts communs et les grands intérêts privés.

 

[1] : http://docplayer.fr/10591818-La-recherche-d-une-place-de-stationnement-strategies-nuisances-associees-enjeux-pour-la-gestion-du-stationnement-en-france.html