Budget bruxellois : la fin de la politique des cadeaux, dit le MR. Pour qui ?

Budget bruxellois : la fin de la politique des cadeaux, dit le MR. Pour qui ?

Le budget du nouveau gouvernement bruxellois applique l'austérité : la qualité des services publics va baisser alors que leurs tarifs et les taxes vont augmenter. Tout ça sans empêcher les loyers de monter, ni améliorer la mobilité, la propreté ou la sécurité des Bruxellois. Si le gouvernement dirigé par le MR justifie l'austérité en annonçant la fin de la "politique des cadeaux", son budget démontre que ces cadeaux vont bel et bien continuer pour deux catégories précises : les promoteurs immobiliers et les ministres.

Après plus de 610 jours de crise politique, après des mois de gouvernement en affaires courantes, après des budgets en douzièmes provisoires, Bruxelles se dote d’un budget complet pour 2026.

Et normalement, après une telle paralysie, après une telle attente, on devrait enfin avoir un budget à la hauteur de l’urgence bruxelloise. Un budget qui permet de se loger. Qui permet de se déplacer. Qui permet de vivre dans des quartiers propres et sûrs. Qui permet aux services publics de tenir debout. Qui permet aux associations de continuer leur travail de terrain.

Mais le budget présenté, c’est tout l’inverse.

Ce budget, c’est un budget d’austérité, c’est un budget qui ne va pas empêcher les loyers d’exploser et qui va immobiliser la ville, en n’améliorant ni la mobilité, ni la propreté ni la sécurité.

Il faut le dire clairement, parce qu’il y a déjà beaucoup d’efforts dans l’assemblée parlementaire pour brouiller les pistes. Les partis de la majorité (MR Engagés PS) expliquent que ce serait un budget “responsable”, un budget “de redressement”, un budget “d’efficacité”, parfois même un budget “social”.

Non. C’est un budget d’austérité.

Et cette austérité n’est pas tombée du ciel. Elle est un choix politique. Le choix de la pression de la droite, au premier rang de laquelle le MR. Le choix de la pression des banques et des marchés financiers. Le choix aussi du climat imposé par l’Arizona au fédéral, qui aggrave encore le sous-financement de Bruxelles pendant que ces mêmes partis exigent de la Région qu’elle coupe toujours plus.

Or Bruxelles, tout le monde le dit dans beaucoup de partis, manque d’argent. Mais très peu veulent aller jusqu’au bout du raisonnement. Bruxelles manque d’argent parce qu’elle est structurellement sous-financée. Il y a eu des compétences en plus sans transférer le financement à la hauteur. Bruxelles produit énormément de richesse, mais cette richesse ne lui revient pas. Elle accueille des milliers de navetteurs, des gens qui viennent se soigner dans ses hôpitaux, qui viennent pour leurs loisirs, qui utilisent ses transports, et tant mieux, Bruxelles doit accueillir et dans les meilleures conditions qui soient, elle porte aussi des charges immenses au niveau sécurité, les besoins sociaux sont plus importants qu’ailleurs dans le pays. Notre région a besoin de compensations pour tout cela, ce n’est pas pour rien qu’il en existe déjà. Et le gouvernement le dit lui-même: certaines n’ont même pas été indexées depuis plus de 10 ans! Et leur réponse à cette situation injuste c’est quoi? Couper!

C’est totalement injuste.
Et c’est dangereux.

Parce que Bruxelles n’est pas une région qui nage dans le luxe. Bruxelles est déjà une région où on peine à répondre aux besoins essentiels. Le logement abordable manque. Les communes et les CPAS sont étranglés. Les associations compensent comme elles peuvent mais sont aussi étranglées. Les travailleurs des services publics sont déjà surchargés.

Autrement dit : Bruxelles n’a pas trop de services publics. Bruxelles n’a pas trop de dépenses sociales. Bruxelles n’a pas trop de solidarité. Bruxelles manque de moyens. Et eux, leur réponse, c’est de lui en retirer encore.

Alors quand on entend Boris Dillies (MR), ministre président, dire que les cadeaux c’est fini … cela nous fait bondir.

Qui a reçu des cadeaux ici à Bruxelles ? Qui ?

La famille qui ne sait pas payer son loyer, a-t-elle reçu des cadeaux ? Non !

Le travailleur qui est coincé dans les embouteillages a-t- il reçu des cadeaux ? Non !

La dame qui a sa rue sale, a-t-elle reçu des cadeaux ? Non !

Le jeune qui a des fusillades dans son quartier, a-t-il reçu des cadeaux ? Non !

Les travailleurs de la STIB, d’Actiris, de Bruxelles Propreté, ont-ils reçu des cadeaux ? Non ! Ils se tuent à la tâche pour faire tourner cette région ! Et maintenant le gouvernement va les punir pour ça.

Il faut arrêter avec ce discours, les bruxellois n’ont pas reçu de cadeaux, ils ont juste vu leur loyer exploser, ils ont juste vu qu’ils ne peuvent plus acheter une maison, ils ont juste vu leur ville sale et la sécurité se dégrader, ils ont juste vu les files toujours aussi longues et les métros qui brûlent.

Par contre là où il y avait vraiment des cadeaux qui étaient donnés pour les promoteurs immobiliers notamment, ceux-là continuent.

Kanal, un cadeau pour les promoteurs dont une filiale du groupe Ackermans et Van Haren, continue : 60 millions budgétés en 2026.

Neo, un cadeau aux promoteurs, qui continue: injection de 150 millions de la Région.

Le métro 3, énorme cadeau aux promoteurs, continue en partie.

Et puis les privilèges de ministres, avec les indemnités de logement de 1650€ en plus des salaires de plus de 10 000 euros par mois, continuent également. Boris Dilles et Dirk De Smedt (ministre du budget de Anders) ont osé dire fièrement qu’ils garderaient ces 1650 euros par mois.

Voilà le cœur du débat aujourd’hui.

1. Oui, c’est un budget d’austérité

Alors ils essaient évidemment de maquiller la réalité. Ils nous disent : il y a quand même des investissements. Il y a quand même des priorités. Il y a quand même du social. Il y a quand même des mesures positives. Mais ils n'expliquent pas que ce qu’ils donnent comme bonnes nouvelles d’un côté va être repris deux fois plus de l’autre côté.

Parce qu’un budget ça se regarde dans l’ensemble, pas seulement sur les éléments de communication.

Leur trajectoire, c’est de réduire brutalement le déficit en 3 ans, 800 millions de coupes et 200 millions qu’ils iront chercher dans les poches des travailleurs.

Ils ont choisi 84 millions d’économies sur le personnel des services publics dont 50 millions rien qu’avec le moratoire sur les embauches (non remplacement des départs).
Ils ont choisi le maintien et le renforcement du moratoire sur l’embauche, en l’appliquant aussi sur des fonctions de terrain pourtant indispensables.
Ils ont choisi les coupes dans les frais de fonctionnement sans dire précisément où ils vont frapper. 17 millions en moins.
Ils ont choisi les coupes dans les associations de terrain qui sont pourtant essentielles à la cohésion sociale de la région.
Ils ont choisi des hausses de tarifs (cela doit rapporter 5 millions au niveau des tarifs STIB notamment).
Ils ont choisi d’installer du flou partout, sans donner les détails des lignes budgétaires… il faudra pour cela attendre l’ajustement du budget…

Et puis ils nous disent : ce n’est pas de l’austérité ?

Mais 84 millions d’économies sur le personnel de la fonction publique, c’est quoi ?
Un moratoire plus strict sur les embauches, c’est quoi ?
Des dizaines de millions retirés à des services déjà sous pression, c’est quoi ?
Faire davantage payer les usagers tout en leur rendant moins de services, c’est quoi­ ?

Ils nous disent : il n’y a pas de plan de licenciement dans la fonction publique.
Mais quand ils organisent la disparition progressive de centaines de postes par des non-remplacements, des CDD qui s’arrêtent, des départs autres qu’à la pension qui ne sont pas remplacés non plus, quand ils asphyxient les équipes, quand ils augmentent la charge de travail et qu’ils vont par là forcément dégrader le service rendu, c’est quoi?

Ils nous disent : on protège les tarifs préférentiels à la STIB. Mais ils annoncent une réforme des tarifs pour les autres.
S’ils augmentent les autres tarifs, ils font payer la majorité des usagers. Et tout cela après plusieurs hausses déjà subies en quelques mois.

Ils nous disent : on aide les communes, on aide les hôpitaux.
Mais toutes les communes n’ont pas un hôpital. Et surtout, oui les dotations augmentent mais on ne sait toujours pas quelle sera la répartition et puis il y a les 15 millions en moins de dotation sur l’eau pour les communes de l’autre côté…

Ils nous disent : on double la prime Be Home.
Mais pas en 2026. Donc venir l’utiliser pour faire croire que le budget 2026 n’est pas un budget d’austérité, avant même toute mise en place, cela reste hypothétique et comment vont-ils financer cela?

Ils nous disent : on investit dans le logement, on va créer 1100 logements.
Ces 1100 logements, c'est juste la suite de ce que l’ancienne secrétaire d’état au logement, Nawal Ben Hamou, a lancé la législature passée, ni plus ni moins. Mais de l’autre côté ils vont vendre 450 logements publics et deux bâtiments qui devaient servir à en construire…

Donc oui, c’est un budget d’austérité.

Et cette austérité, elle va d’abord frapper les services publics, celles et ceux qui les font vivre et leurs usagers.

Prenons Actiris.

Ils annoncent vouloir relever le taux d’emploi, atteindre 70 %, réinsérer davantage de personnes, accompagner aussi des publics plus fragilisés, notamment les malades de longue durée. Et au même moment, ils organisent des économies dans le personnel d’Actiris, qui est déjà en sous-effectif. Ce n’est pas sérieux. Ce n’est pas cohérent. Et ce n’est certainement pas social. 44 millions en moins pour le budget d’Actiris, cela relève de l’irresponsabilité.

Concrètement, c’est déjà des dizaines de postes qui vont disparaître en 2026, aussi en première ligne. Donc moins de personnel pour accueillir, orienter, suivre, accompagner, soutenir. Moins de capacité pour travailler humainement avec des demandeurs d’emploi qui ont souvent des parcours compliqués et qui ont avant tout besoin d’aide.

Ils coupent aussi dans toute une série de dispositifs d’insertion professionnelle, d’accompagnement, de formation, de soutien. Derrière les lignes budgétaires, cela veut dire des travailleurs sociaux en moins, des projets de formation menacés, des associations mises en difficulté, et au final des centaines d’emplois fragilisés ou supprimés dans les années qui viennent.

Il faut aussi qu’ils arrêtent de dire qu’ils ne touchent pas aux ACS, c’est faux. En diminuant les primes aux ACS (agents contractuels subventionnés) de 5% c’est ce qui va arriver. Les associations n’ont pas les capacités de compenser sur fonds propres et risquent donc de devoir licencier. Donc oui ils s’attaquent aux ACS. C’est pourtant un système qui avec le temps est devenu en fait un mécanisme structurel pour que le non marchand puisse fonctionner. Tout comme les subsides facultatifs n’ont rien de facultatifs, ils sont essentiels au fonctionnement de la société civile, mais ils coupent 25 millions…

C’est complètement incohérent. Ils excluent des demandeurs d’emploi avec l’Arizona et puis à Bruxelles ils ne font rien pour les accompagner, au contraire ils diminuent les moyens chez Actiris et dans l’insertion professionnelle. La FEBISP alerte que 16 500 places de formation, d’accompagnement vers l’emploi et d’emploi formatif pour les personnes exclues du chômage sont en péril. Elle alerte que le secteur de l’insertion emploie près de 2500 travailleurs et que ce secteur sera contraint de réduire drastiquement ses effectifs. Un non sens total. A se demander ce qu’ils veulent en définitive: 70% de taux d’emploi ou 70% de sans-abris en plus ?

Même logique à Bruxelles-Propreté.
Même logique à la STIB. Même logique à Bruxelles Environnement. Même logique à Visit.brussels. Même logique à Hub.brussels qui voit son budget tellement raboté que des dizaines de bureaux à l’étranger vont fermer. Et à commencer par le bureau de la Havane. Quelqu’un du MR a affirmé “ faire le malin à la Havane c’est terminé” … mais quelle arrogance, le peuple cubain est en train d’être asphyxié par les Etats Unis, c’est un crime contre l’humanité, c’est maintenant qu’ils ont besoin d’aide plus que jamais et le MR étale tout son mépris sans gêne…
Même logique d’austérité pour les milliers d’associations de terrain.

Mais le service, lui, ne tient pas tout seul. Il tient parce qu’il y a des travailleuses et des travailleurs derrière. Des agents qui ramassent, qui conduisent, qui nettoient, qui accompagnent, qui répondent, qui réparent, qui accueillent, qui éteignent les incendies, qui tiennent la ville debout. Et ils ont décidé de faire des économies sur leur dos.

Voilà la réalité.

2. Leur politique du logement, c’est le programme du MR

Sur le logement, le gouvernement applique à petit feu le programme du MR.

Et c’est sans doute l’un des points graves de ce budget, parce qu’on parle ici de la crise sociale numéro une à Bruxelles.

Des dizaines de milliers de ménages galèrent pour payer leur loyer.
60 000 qui attendent un logement social.
40 000 familles quittent la Région chaque année parce qu’elles ne peuvent plus suivre.
Des gens vivent dans des logements trop petits, insalubres, mal isolés.
Et face à cela, que fait le gouvernement ?

Ils martèlent qu’ils vont produire 1100 logements… mais ils expliquent qu’il y en a 776 livrés en 2026 et 282 en 2027 et puis après ? silence … la conclusion c’est donc: les 1000 logements ce sont ceux déjà lancés les années avant et puis il n’y aura plus rien, nada, c’est fini, pas de nouvelles constructions cette législature…

Et puis ils vendent 450 logements publics. Et deux grands bâtiments qui devaient servir à en construire.

Ils laissent planer le danger de revoir la grille des loyers à la hausse. Comment empêcher l’explosion des loyers avec un outil qui s’adapte aux prix du marché alors que c’est justement le marché le problème?
C’est cela, leur politique du logement et en fait ça ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que le MR voulait…

Et qu’on soit bien clair : quand un gouvernement vend 450 logements publics dans une ville où 60.000 ménages attendent un logement social, ce n’est pas être responsable, c’est brader l’avenir.

Parce que ces logements publics, une fois vendus, on ne les récupère pas. Cela veut dire un parc public qui diminue, ça veut dire des loyers en moins qui rentrent pour le public, ça veut dire faire moins pression vers le bas sur les loyers du marché privé…

Sur l’urbanisme, c’est la même logique. Ils reprennent en fait les revendications des gros promoteurs immobiliers: moins de garde-fous, moins de temps pour la participation, moins de contraintes, plus de rapidité. Toujours au nom de la simplification. Mais simplifier pour qui ?

Accélérer pour construire du logement abordable, oui.
Accélérer pour renforcer le logement public, oui.
Accélérer pour répondre aux besoins de la population, oui.
Mais accélérer pour fluidifier les profits privés, non.

Or c’est bien ce qu’ils préparent. Ils ouvrent la voie à davantage de grands projets dont la logique principale n’est pas de répondre aux besoins de la population bruxelloise, mais de sécuriser des rendements pour des acteurs privés.

Et puis il y a Renolution.

Là aussi, il faut être honnête. Les primes Renolution avaient des défauts. Elles ne permettent pas un retour sur investissement pour les pouvoirs publics comme le ferait un système de tiers payant. Elles ne ciblaient pas assez les ménages qui en ont le plus besoin. Elles devaient être corrigées. Mais les supprimer brutalement, sans alternative solide, dans une ville où la rénovation énergétique est indispensable, c’est une faute politique.

Ils coupent déjà 10 millions cette année. Et puis ils vont supprimer les primes Renolution en laissant les gens se débrouiller avec des prêts dont on ne connaît encore aucun détails et critère pour l’obtenir…

Mais les obligations de rénovation, elles, elles restent.
Les travaux, eux, restent.
Les coûts, eux, restent.

Donc que va-t-il se passer ? Soit des propriétaires vont rénover quand même et répercuter la facture sur les loyers. Soit ils vont vendre parce qu’ils seront incapables de rénover et en plus ils seront pénalisés pour cela avec des amendes gigantesques. Et dans ce cas, qui va racheter ? Des ménages modestes ? Non. Des acteurs plus riches, des investisseurs, des spéculateurs.

Donc dans les deux cas, ils risquent d’alimenter encore la hausse des loyers et la spéculation.

Ils suppriment les primes, ils laissent les obligations, ils parlent de prêts à taux zéro mal préparés, rien n’est encore défini, et au final ce sont encore les locataires et les petits propriétaires qui vont payer. Voilà leur politique.

Et pendant ce temps, toujours rien de sérieux pour encadrer les loyers. Toujours pas de rupture avec cette logique folle qui consiste à regarder le marché s’emballer en espérant qu’il se régule tout seul.

Tant qu’ils refuseront de le contraindre, tant qu’ils refuseront de renforcer massivement le logement public, tant qu’ils refuseront de plafonner réellement les loyers, la crise du logement va continuer, les loyers vont continuer d’exploser.

3. Mobilité, propreté, sécurité : ils vont encore abîmer Bruxelles

Sur la mobilité, leur budget suit la même logique : faire payer plus, offrir moins que ce qu’il faudrait, entretenir le flou.

La STIB, les Bruxellois et les navetteurs la vivent tous les jours. Ce n’est pas une abstraction budgétaire. C’est le bus qu’on attend trop longtemps. Le métro bondé. Le tram qui est en retard. L'ascenseur qui est en panne. Le trajet qui se complique. La fatigue en plus dans la journée.

Et qu’ont-ils déjà fait ? Des économies. Des lignes de bus supprimées. Des fréquences réduites, y compris en heure de pointe sur une grande partie des lignes de bus. Maintenant ils annoncent 16 millions de coupes dans le personnel avec des économies en introduisant aussi des barèmes différents. 20 millions d’économies sur le fonctionnement de la STIB alors qu’il y a déjà eu 65 millions de coupes en 2025. Et dans le même temps, ils préparent de nouvelles hausses tarifaires. 5 millions à récupérer dans la poche des usagers.

On parle quand même d’une Région où des rames de métro datant des années 70 circulent encore et commencent à prendre feu faute de remplacements suffisamment rapides et d’entretien à la hauteur. Mais ils coupent quand même…

Un moratoire sur le personnel opérationnel en 2026, c’est un non sens total. La ministre de la mobilité Elke Van den Brande l’a dit elle même: cela va demander de la flexibilité de la part des agents de la STIB. Comme s’ils n’en bavaient pas déjà assez comme ça?

À cela s’ajoute la vignette automobile qu’ils veulent qu’elle rapporte de l’argent, une nouvelle taxe en plus donc, et surtout le chaos entretenu autour de la LEZ. Des milliers de personnes ont été laissées dans le flou, à quelques jours de la remise en route des amendes de 350 euros. Comment est-ce possible alors qu’ils avaient fait des grandes promesses d’aider les gens, qu’ils savaient pertinemment bien que le 1er avril est une date butoire, ils ont laissé les gens dans le flou pour finalement annoncer qu’il n’y aurait pas d’amendes le 1er avril en n’étant même pas d’accord entre eux au sein du gouvernement. Ce n’est pourtant pas compliqué de suspendre les amendes encore jusqu’à la fin de l’année, une mesure claire pour tout le monde.

Ils vont dégrader l’offre de transport en commun et puis pénaliser dans le même temps les gens qui utilisent leur voiture. Ils organisent les impasses.

Et sur Taxibus, la réduction annoncée de l’offre pour les personnes à mobilité réduite, avec en plus un mouvement de privatisation partielle, c’est inacceptable. Là encore, qui va payer ? Celles et ceux qui ont le plus besoin d’un service public fiable.

Revenons aussi à la propreté.

Les seuls qui vont vraiment se réjouir de leur réforme des collectes de déchets, ce sont les 2,5 millions de rats qui se balladent déjà à Bruxelles.

Voilà la vérité de terrain.

Ils veulent supprimer une collecte des sacs blancs. Ils veulent réduire la fréquence des sacs jaunes à seulement une fois tous les 15 jours comme les sacs verts où c’est déjà fait. Et ils osent dire qu’il n’y aura pas de dégradation de la propreté ? Sérieusement ? Ils osent dire que les gens ne sortent leurs cartons que tous les 15 jours en moyenne? Est-ce qu’ils ont regardé l’état de certaines rues à Jette ou à Evere depuis qu’une collecte de sac blanc a été supprimée? Est-ce qu’ils ont parlé avec des familles nombreuses, avec des parents de jeunes enfants, avec des gens qui vivent dans de petits appartements sans cave, sans balcon, sans cour ? Où vont-ils mettre les langes toute une semaine dans un appartement sans balcon ? où?

À Bruxelles, beaucoup de ménages n’ont ni l’espace ni les conditions pour stocker plus de sacs pendant toute une semaine ou 15 jours. Donc qu’est-ce qui va se passer ? Les sacs vont sortir au mauvais moment. Ils vont rester plus longtemps dans la rue. Ils vont s’accumuler. Ils vont attirer encore plus de nuisibles. Et ensuite, le gouvernement viendra nous parler de responsabilisation des habitants…

Non. La responsabilité ici, c’est la leur.

Réduire les collectes dans une ville dense comme Bruxelles, où tant de gens vivent dans des petits logements, c’est organiser davantage de saleté dans les rues. Et oui, les seuls qui seront contents de ça ce sont les 2,5 millions de rats, pas les habitants.

Et pendant ce temps, ils réduisent aussi les dépenses de personnel et de fonctionnement à Bruxelles-Propreté. Sans concertation sérieuse avec les travailleurs. Sans clarté sur les conséquences exactes. Donc moins de collectes, moins de moyens humains, moins de moyens de fonctionnement, mais plus de discours sur l’efficacité. Cela ne tient pas une seconde.

Même chose sur la sécurité.

Pendant la campagne, le MR nous promettait un changement total. On allait voir ce qu’on allait voir. Sur les fusillades, sur les trafics, sur l’insécurité, la droite allait enfin montrer ce qu’elle savait faire.

Et qu’est-ce qu’on voit dans ce budget ? On nous parlait de 10 millions pour sécuriser les gares, on voit 3 millions pour 2026, avec en plus un volet propreté dedans. Donc il faudrait déjà expliquer concrètement ce que cela financera réellement.

Mais surtout, il faut arrêter les illusions. Le cœur de la lutte contre les gros trafics, contre les réseaux, contre les gros poissons, cela se joue en grande partie au fédéral, avec les moyens des zones de police, avec la police judiciaire fédérale, avec une vraie police de proximité, avec une action de long terme. Si le gouvernement régional ne mène pas ce combat avec force auprès du fédéral, alors leurs annonces ponctuelles auront juste un effet superficiel, du one shot qui n’a jamais rien réglé.

Et puis il y a une vérité plus profonde encore : ils ne règleront jamais durablement l’insécurité en cassant socialement Bruxelles.

Ils ne règleront pas la violence en affaiblissant les services publics.
Ils ne règleront pas les trafics en laissant exploser la précarité.
Ils ne règleront pas les tensions dans les quartiers en supprimant des emplois, en fragilisant le tissu associatif, en réduisant les services de proximité.

Autrement dit : leur budget ne s’attaque pas aux causes profondes de l’insécurité, et dans plusieurs cas il va juste les aggraver.

Un mot aussi sur le SIAMU. Les pompiers se mobilisent depuis des mois. Ils demandent des embauches. Ils alertent sur le sous-effectif. Ils disent qu’il leur faut 200 personnes en plus pour fonctionner correctement et en sécurité. Et qu’ont -ils eu comme réponse ? Des annonces vagues. Aucune précision sérieuse sur les embauches concrètes. Là aussi, on sent la communication avant les actes concrets.

Et puis il y a la question des privilèges, parce qu’elle n’est pas secondaire. Elle dit quelque chose de leur projet.

Quand des membres du gouvernement continuent de pouvoir toucher des indemnités de logement et de domesticité pour 1.650 euros nets d’impôt en plus de revenus déjà très élevés, pendant que ce même gouvernement explique à toute une Région qu’il faut se serrer la ceinture, ce n’est pas seulement choquant. C’est obscène.

Et quand on dénonce cela, on nous répond que ce serait du populisme. Non. Ce qui est populiste, c’est de demander des sacrifices à tout le monde sauf à soi-même. Ce qui est populiste, c’est de jouer les apôtres de la rigueur devant les caméras tout en gardant ses privilèges à l’abri.

4. Ce budget n’est ni crédible, ni inévitable. Et il faut le bloquer.

Pour terminer : il ne faut pas laisser croire que tout est joué.

D’abord parce que leur budget est loin d’être aussi solide qu’ils le prétendent. Ils sont encore loin de s’être mis d’accord sur tout. Ils se sont dépêchés et on ne sait même pas sur quoi ils sont d’accord ou non. Beaucoup de choses restent floues. Une partie des économies annoncées n’est pas détaillée. Les coupes sur les frais de fonctionnement ne disent pas clairement où ils vont frapper. 50 millions d’économies sur la consultance sont annoncées pour cette année avant même un inventaire sérieux. Une partie des recettes repose sur des hypothèses fragiles. Les ventes d’actifs sont des recettes ponctuelles, pas des solutions durables. Et il y a toujours cette épée de Damoclès sur la requalification de certaines opérations financières qui pourrait encore aggraver la dette et le déficit.

Parce qu'au nom du déficit ils prennent des mesures dégueulasses mais là en plus on voit qu’ils ne vont pas y arriver en fait…

C’est insensé, ils vont faire de l’austérité et ils ne vont pas réduire le déficit, trop d’incertitudes, ils balancent des chiffres sans vraiment savoir ce qu’ils vont faire, la dette va encore augmenter, de 1,7 milliard cette année… Parce qu’à cette allure l’argument qu’on a des problèmes de dépendances aux banques va rester, la charge de la dette qui augmente, va rester…

Et d’ailleurs c’est ce qu’on voit dans les autres régions et au fédéral aussi, de l’austérité et la dette qui augmente, au fédéral en voulant investir dans la guerre, en wallonie, à la FWB, … partout, l’austérité frappe et les déficits ne sont pas réduits. Partout ils attaquent la solidarité, ils attaquent les travailleurs et ils ne règlent rien du tout.

Et puis ils sont divisés.
Divisés sur l’ampleur des coupes. Certains avouent que c’est un budget qui fait mal, d’autres disent le contraire.
Et cela compte. Parce qu’un gouvernement divisé peut reculer. Un gouvernement mis sous pression peut plier.

On le voit au fédéral avec l’Arizona. Depuis un an, ce gouvernement annonce de grandes offensives anti-sociales. Et pourtant, il piétine. Pourquoi ? Parce qu’il y a une pression énorme du monde du travail. Parce qu’il y a des manifestations, des grèves, une mobilisation sociale d’ampleur jamais vue depuis des années. Parce que rien n’est jamais automatique quand les gens luttent.

Et à Bruxelles aussi, la résistance est déjà là.

Les travailleurs de Bruxelles-Propreté se sont déjà mobilisés.
Les pompiers se sont déjà mobilisés.
Des acteurs du non-marchand et de l’insertion professionnelle dénoncent la casse qui se prépare. Le 7 avril prochain le non marchand sera dans la rue. Ce qu’ils demandent ce sont des moyens, pas de la casse. “Ne nous jetez pas dans les bras du marché ! Finalisons et construisons des accords Non Marchand”, voilà leur message.
Les usagers de Taxibus viennent défendre leur service.
Des travailleurs de visit.brussels se mobilisent contre les coupes qui les touchent durement. Les syndicats alertent que les coupes projetées pourraient entraîner la suppression de 90 postes sur 160. Et s’en prendre à visit brussels c’est s’en prendre à la chaîne du tourisme, à l’horeca, à la culture, à toute une économie. Inforgazelec se mobilise également, ils demandent des garanties sur les moyens qui leur seront accordés, ce n’est toujours pas clair. Le 27 mars, des actions pour avoir des logements abordables ont eu lieu place de la Bourse.

Cela veut dire une chose simple : leur budget n’est pas une fatalité.
Des reculs à leur casse sociale peuvent encore être imposés.

Et il faudra le faire. Parce qu’ils ne vont ni résoudre les enjeux sociaux, ni résoudre le déficit ni la dépendance aux banques, par contre ils vont détruire le tissu social, toutes les couches de travailleurs essentiels pour le maintien de la cohésion et de la solidarité de notre région. Ils détruisent ceux qui créent les liens, ceux qui soignent, ceux qui sont les remparts d’un monde humain, ceux qui aussi ont l’esprit critique sur comment le monde évolue.

Et on ne veut pas de leur société qui ne met pas l’humain au centre.

Avec le PTB, nous serons du côté de celles et ceux qui refusent que Bruxelles soit vendue à la découpe, qui refusent qu’on affaiblisse encore les services publics pour mieux ouvrir des marchés au privé, qui refusent de payer la facture d’une crise qu’ils n’ont pas créée, qui se battent pour un refinancement de Bruxelles, parce que c’est là qu’est la vraie bataille de fond.
Du côté de celles et ceux qui veulent une autre voie : plus de logement public, un vrai encadrement des loyers, une STIB moderne et abordable, des communes refinancées, des services publics renforcés, des associations sécurisées, une Région qui protège au lieu de punir.

Leur budget n’est pas un budget de sauvetage de Bruxelles.
C’est un budget qui va l’abîmer davantage.
Service public par service public.
Quartier par quartier.
Facture par facture.

Et tout cela pour quoi ? Pour satisfaire les marchés ? Pour rassurer les banques ? Pour prouver à la droite qu’ici aussi on peut faire un Arizona bis ?

Nous refusons cette logique.

Nous refusons que l’austérité devienne l’horizon indiscutable de Bruxelles.
Nous refusons qu’ils fassent payer la note aux travailleurs, aux locataires, aux usagers, aux demandeurs d’emploi, aux associations, pendant que d’autres conservent leurs privilèges et leurs profits.
Nous refusons leur Bruxelles des loyers chers, de l’immobilité, des services publics affaiblis et des rues plus sales.

Si on les laisse faire, ils vont abîmer Bruxelles. Mais on n’est pas obligés de les laisser faire. Il y a un autre chemin. Il y a la mobilisation. Il y a le rapport de force. Il y a la lutte.

Et dans cette lutte, le PTB prendra toute sa place.