Marolles

Marolles

17 septembre 2020

Des pompiers pris pour cibles. Des camionnettes, une voiture et une crèche incendiĂ©es. Mais que se passe-t-il dans le quartier de la Querelle aux Marolles ? Comment expliquer qu'une poignĂ©e de jeunes en arrive lĂ  ? Combien d'incidents devrons-nous encore compter avant que les politiques entendent la dĂ©tresse qui s'exprime parmi la jeunesse de certains quartiers populaires de Bruxelles ? On ne peut plus attendre. Pour nos jeunes, pour la sĂ©curitĂ© des services de secours, pour les habitants des quartiers qui ont le droit de vivre en paix, il est temps de poser des actes concrets.

D'oĂą vient cette colère exprimĂ©e par certains jeunes ?

Promenez-vous dans le quartier des Marolles et vous verrez de vos propres yeux un concentrĂ© d'injustices dans un petit coin de notre « riche capitale Â». A quelques mètres du quartier chic du Sablon, le quartier de la Querelle aux Marolles. Des tours de logements sociaux en mauvais Ă©tat aux ascenseurs souvent cassĂ©s, un taux de chĂ´mage Ă©levĂ©, une vie de quartier au point mort sans activitĂ© pour les jeunes, sans salle de sport, ni maison de jeunes... « Au temps de nos grands frères, il existait une maison de jeunes. On est venu avec des propositions pour pouvoir se rĂ©unir et faire du sport, mais on ne nous Ă©coute pas, il n'y a jamais rien pour nous ici », tĂ©moigne un jeune du quartier. MĂŞme son de cloche du cĂ´tĂ© des animateurs qui se sentent dĂ©passĂ©s, malgrĂ© toute leur bonne volontĂ©. « Les jeunes en ont marre des politiciens qui font des promesses lors des Ă©lections et n'investissent pas dans le quartier. Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir faire des activitĂ©s, sortir un peu la tĂŞte du quotidien, avoir un job. Mais quelles perspectives on leur donne ? Qu'est-ce qu'on est sensĂ© faire nous, avec si peu de moyen ? Â», tĂ©moigne un Ă©ducateur du quartier.

A cette rĂ©alitĂ© de quartier s'ajoute une autre rĂ©alitĂ©, sous les radars, mais bien prĂ©sente au quotidien : les contrĂ´les de police rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  l'Ă©gard des jeunes, parfois mĂŞme plusieurs fois par jour. « Il y a trop de policiers ici, trop de contrĂ´le du matin au soir. Nous ne sommes pas d'accord avec ça, nous. Ce sont aussi nos enfants qui se font contrĂ´ler tout le temps pour rien », tĂ©moignent deux mères habitant dans les logements sociaux de la Querelle. PlutĂ´t que d’encourager une police de quartier qui connaĂ®t le terrain et ses habitants, la Ville de Bruxelles a rĂ©duit les heures d'ouverture du commissariat de quartier. « On voit la diffĂ©rence. Quand le commissariat de quartier est fermĂ© le soir, ce sont des flics qui ne connaissent pas du tout la zone qui dĂ©barquent Â», tĂ©moigne un animateur. Plusieurs jeunes se plaignent de leurs interventions particulièrement musclĂ©es et racistes. « Plusieurs tĂ©moins nous ont aussi racontĂ© qu’il y a quelques semaines, un père de famille bien connu dans le quartier a Ă©tĂ© maltraitĂ© par des policiers lors d’un contrĂ´le. Ca a Ă©tĂ© un dĂ©clencheur des incidents. Ils ont raison d’être en colère. Mais on doit apprendre aux jeunes Ă  exprimer leur colère d’une autre façon Â», tĂ©moigne un autre animateur.

Les tĂ©moignages de jeunes injuriĂ©s, humiliĂ©s, agressĂ©s et menacĂ©s de reprĂ©sailles s'ils portent plainte, se multiplient. Ce sont par ailleurs souvent les mĂŞmes policiers qui connaissent dĂ©jĂ  très bien les identitĂ©s des jeunes. Pourquoi ces contrĂ´les ? AmĂ©liorent-ils la vie dans le quartier ? Ces violences morales et physiques ne sont malheureusement pas des cas isolĂ©s et touchent quasi systĂ©matiquement les jeunes de quartier d'origine immigrĂ©e (aussi appelĂ© le profilage ethnique). Ces violences rĂ©pĂ©tĂ©es de la part de la police ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©es par de nombreuses organisations comme Amnesty International1 ou encore La Ligue des Droits humains, qui coordonne un observatoire des violences policières en Belgique « Police watch2 Â». Quand la police, censĂ©e nous protĂ©ger, accueille en son sein les bourreaux d'une partie de notre jeunesse, nous ne pouvons pas seulement « condamner Â» les actes de violence de certains jeunes. Nous devons oser nous attaquer aux racines de leur dĂ©tresse.

Des mesures directes avec peu de moyens

En avril dernier, suite Ă  un violent contrĂ´le de police qui avait Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, une quinzaine de jeunes des Marolles ont Ă©tĂ© Ă  l’initiative d’une rencontre avec Philippe Close, le Bourgmestre de Bruxelles, et des reprĂ©sentants de la police de la zone Bruxelles/Ixelles. Les jeunes ont partagĂ© leurs tĂ©moignages sur les violences policières dont ils sont la cible et ont fait des propositions concrètes. Mais oĂą en est-on aujourd'hui ? Quelles rĂ©ponses concrètes les autoritĂ©s ont-elles apportĂ©es Ă  ces jeunes ?

Leurs propositions sont pourtant concrètes et positives. Certaines d’entre elles sont tout à fait réalisables rapidement et avec peu de moyens. Ils veulent notamment avoir accès à des activités (sportives, culturelles…) pour sortir du quartier. Il existe déjà à Bruxelles des infrastructures et un tissus associatif et sportif denses qui pourraient accueillir gratuitement et directement une partie des jeunes. Les chèques sportifs par exemple représentent peu d'investissement dans le budget d'une Ville comme Bruxelles. Cette solution pourrait être adoptée en attendant l'ouverture d'un vrai espace sportif dans le quartier de la Querelle. Cela implique de la part des autorités de la Ville (majorité PS, Ecolo, Défi) de faire d’autres choix politiques. Les activités sportives ou récréatives sont aujourd’hui trop chères et inaccessibles pour beaucoup de jeunes Bruxellois.

Les maisons de jeunes sont des lieux de vie importants dans les quartiers. C'est souvent lĂ  que les jeunes construisent des liens de confiance avec des adultes qui sont Ă  leur Ă©coute. Certains d'entre eux ont eux-mĂŞmes grandi dans le quartier et en connaissent bien les difficultĂ©s. C'est aussi dans les maisons de jeunes que naissent des projets artistiques, musicaux, des projets d'entraide, qui animent le quartier, valorisent les jeunes et les forment Ă  des compĂ©tences nĂ©cessaires dans la vie active. De très belles initiatives ont d’ailleurs vu le jour pendant le confinement, comme des jeunes d’Anneessens qui ont prĂ©parĂ© pendant le confinement des colis alimentaires. Aujourd’hui encore, ils continuent leur mobilisation et ont distribuĂ© des centaines de cartables pour la rentrĂ©e scolaire. La maison de jeunes, ça peut ĂŞtre une vraie bouffĂ©e d'air, oĂą se retrouver pour parler, juste passer du temps ensemble. Dans le quartier de la Querrelle, un local existe dĂ©jĂ . Alors pourquoi ne pas engager quelques Ă©ducateurs et ouvrir une nouvelle maison de jeunes ?

Les incidents des Marolles sont inacceptables, nous devons travailler à ce que ça ne se reproduire plus. Tout le monde a le droit de vivre en paix, d’être traités avec respect et de faire son travail dans de bonnes conditions. C’est une bataille de toute la société, qui ne doit laisser de côtés ni les jeunes de quartier, ni ses habitants, ni les travailleurs des services publics.

1ďż˝ https://www.amnesty.be/campagne/discrimination/profilage-ethnique-police/profilageethnique

2ďż˝ https://policewatch.be/