« Sept mois d'auditions pour déterminer les responsabilités du fiasco du métro 3, tout ça pour aboutir à "tous compétents, personne responsable". Pire encore : le rapport entérine des erreurs commises et statue sur le fait de continuer la partie sud du projet malgré tous les problèmes rencontrés au Palais du Midi. La majorité reste dans une logique d'irresponsabilité politique : rien n'a été appris des éléments essentiels de ce fiasco. Le consortium capitaliste Toots, lui, s'en sort sans subir la moindre perte, tandis que les Bruxellois et les Bruxelloises hériteront de la facture pendant des années. C'est la recette parfaite pour reproduire les mêmes erreurs demain», dénonce Françoise De Smedt, cheffe de groupe PTB au Parlement bruxellois.
Selon la députée, « la majorité (PS, MR, Les Engagés, Groen, Vooruit et Anders) s'est manifestement entendue pour aboutir à des conclusions qui minimisent les erreurs commises et évitent soigneusement d'identifier les responsabilités ». Elle regrette également que « les recommandations du rapport maintiennent un cadre qui continue de favoriser les conflits d'intérêts entre les études d'opportunité et les marchés qui suivent ».
Françoise De Smedt déplore également que « tous nos amendements visant à renforcer le contrôle et le débat démocratique ont été rejetés ». Elle rappelle que le PTB proposait « l'organisation d'une consultation populaire pour tous les grands projets d'infrastructure, la création d'un comité de contrôle au sein d'une société unique chargée des grands projets, sur le modèle du Grand Paris, afin d'éviter notamment les dérapages financiers, ainsi que la révision des procédures de contrôle en matière d'irrégularités commises dans les marchés publics ».
La cheffe de groupe critique aussi les orientations retenues par la majorité : « Le rapport ouvre également la porte aux partenariats public-privé, alors même que plusieurs acteurs, dont la cour des comptes européenne, ont exprimé leurs réserves sur ce mode de financement et que l'expérience démontre depuis longtemps que ces partenariats augmentent les coûts pour les pouvoirs publics, dont l’exemple du diabolo. »
Elle estime par ailleurs que « le rapport passe sous silence la précipitation électorale qui a entouré le projet, avec la délivrance du permis juste avant les élections de 2019 afin de rendre le métro 3 "irréversible" ». Et d'ajouter : « Aucune leçon n'en est tirée, alors que le dossier a avancé dans l'urgence, sans tenir compte des multiples alertes concernant le Palais du Midi et sans que les études de sol nécessaires aient été suffisamment réalisées. »
Françoise De Smedt regrette enfin que « rien ne soit dit sur les conflits qui ont opposé la STIB au consortium Toots, dont fait partie la société Jan De Nul, l'une des plus importantes fortunes du pays ». Elle rappelle que le PTB demandait « une révision de la transaction conclue avec ce consortium, une transaction clairement favorable à ses intérêts et et risquée pour les finances de la région et de la STIB».
Pour la députée, « au final, c'est le consortium Toots qui ressort gagnant sur toute la ligne, tandis que la facture est laissée aux Bruxellois et aux Bruxelloises, ainsi qu'aux habitants et commerçants du quartier Stalingrad qui subissent les conséquences du chantier depuis des années ». « Ce rapport est scandaleux au regard des conséquences du métro 3 pour la Région et ses habitants : des difficultés financières considérables, mais aussi des impacts majeurs sur la mobilité et sur la vie quotidienne de tout un quartier. Ce rapport va aussi contribuer à nous faire subir d’autres fiascos dans les années à venir », conclut Françoise De Smedt.