Claire Geraets, députée bruxelloise PTB : un budget qui ne répond pas besoins des gens

Ce matin, on votait le dernier budget COCOf de cette législature. Claire Geraets, députée PTB au Parlement bruxellois, est intervenue pour dénoncer ce budget qui ne répond en rien aux besoins fondamentaux des habitants. Accès aux soins de santé, handicap, petite enfance... voici les thèmes abordés dans son intervention. Lisez-la ci-dessous!

 

 

Chers collègues, Mesdames les ministres,

Aujourd’hui, c’est le vote du dernier budget Cocof de la législature et c’est l’occasion de se poser la question : « qu’est – ce qui s’est passé pendant ces 5 ans ? » et d’en faire le bilan.

Lors de son exposé général sur le budget de l’Administration, madame la Ministre Présidente (madame Laanan - PS) s’est félicitée de l’aboutissement de l'accord du non–marchand intersectoriel. En réalité, c’est d’abord un acquis de la lutte des travailleurs qui garantit 6 millions d’€ dans le budget pour la mise en place de cet accord. On ne peut que s’en réjouir, mais aussi faire le lien avec les travailleurs en lutte aujourd’hui contre les mesures injustes du gouvernement fédéral, ou la mobilisation des gilets jaunes pour une meilleure répartition des richesses, ce qui signifie pour certains : leur survie.

Leurs mouvements sont un espoir pour un avenir meilleur pour les 99%.

A côté de cela, malheureusement, force est de constater qu’année après année, ce sont les mêmes constats qui reviennent. Car l’analyse du reste du budget est surtout marqué par des réponses plus qu’insuffisantes par rapport aux besoins.

Je ne prendrai que quelques exemples pour illustrer mon intervention.

Avec en premier lieu : les Maisons Médicales dont aucune ne recevra d’agrément en 2019, pour des raisons de budget justement, alors qu’une dizaine sont en attente. 

Pourtant, on sait que près d’un quart des Bruxellois retardent leurs soins pour des questions financières, et que les Maisons Médicales offrent des soins de qualité, accessibles géographiquement et financièrement, mais ont évidemment besoin de moyens financiers importants pour les garantir.

Un autre domaine qui concerne les plus faibles d’entre nous est particulièrement interpellant : la prise en charge des personnes en situation de handicap.

Quand les pouvoirs politiques partiront – ils des besoins pour y répondre?

Dans son exposé introductif sur le budget, madame la ministre responsable (Madame Frémault - cdH) parle d’un programme extrêmement ambitieux pour garantir une aide, un accompagnement, un accueil et un hébergement de qualité aux personnes en situation de handicap.

Mais alors, pourquoi est –ce y a –t-il une diminution de 100.000 € au budget 2019 en engagement et liquidation pour les infrastructures pour les personnes handicapées ?

Pourquoi les pouvoirs publics n’investissent pas eux-mêmes dans des initiatives d’accueil pour les personnes handicapées, laissant aux familles et aux initiatives privées le monopole de l’accueil ?

En commission, Madame la ministre m’a répondu qu’il y aurait une augmentation de budget en Cocom pour le Centre Médori, dépendant du CPAS de Bruxelles.

A l’analyse, le Centre Médori offre 15 places d’hébergement.

C’est très peu, trop peu pour des institutions publiques quand on sait qu’au 31/12/2016, il y avait 296 personnes en grande dépendance sans solution d’après les listes du PHARE. Ce sont majoritairement des personnes adultes polyhandicapées, cérébro-lésées ou avec un diagnostic.

La gestion même de cette liste est opaque et non pro-active. Bien que le nombre de places ait augmenté en COCOF et COCOM, le nombre de personnes sans solution ou avec une solution insatisfaisante sur la liste a aussi augmenté en 5 ans et il a presque doublé.

C’est au secteur public à prendre ces situations en charge, et établir un plan d’urgence pour y parvenir. Pas aux familles.

Car si la situation était si favorable et les réponses apportées satisfaisantes, pourquoi le GAMP continuerait – il à se mobiliser année après année pour des sit-in et des rencontres avec les parlementaires ? Avec chaque fois des témoignages poignants des parents, mais aussi des institutions qui manquent cruellement de moyens et de personnel.

Je vous invite d’ailleurs à visionner les vidéos du GAMP mises en ligne actuellement sur internet. A propos du manque de places, deux mamans y témoignent. Dont une en ces termes : « quand on a dû trouver une place en secondaire pour notre enfant en grande dépendance, il n’y avait évidemment rien à Bruxelles, et on a dû l’exiler à Huy. Sans garantie pour l’année suivante ».

A l’écoute de la video, j’ai sursauté : Comment ça « évidemment rien à Bruxelles » ?

Quant à l'arrêté pour les activités des centres de jour et les logements collectifs on a compris qu’il ne sortira pas avant la fin de la législature. Comment est-ce possible qu'en 5 ans, malgré l'accord de tous les partis sur la nécessité de mieux accueillir et accompagner la Grande Dépendance, on n'ait pas été en mesure de publier cet arrêté et d'assurer son financement ? C’est un échec, rien de quoi se réjouir, même si madame la Ministre pense avoir abattu un travail colossal. 

La COCOF doit être refinancée, le budget pour la Grande Dépendance a besoin de minimum 30 millions d'euros supplémentaires pour satisfaire le manque de places et augmenter les normes d'encadrement lorsque nécessaire.

Quant au Plan Tranversal Autisme, approuvé il y a plus de deux ans, il apparait que sa véritable mise en œuvre n’a pas encore débuté. Les quelques initiatives mises en place indépendamment les unes des autres ne sont en rien l’application d’un plan, avec des objectifs, des échéances, des évaluations et des budgets.

Et toujours sur le sujet du handicap, une question particulièrement interpellante est celle du transport scolaire.

L’an passé, la Ligue des Familles a mené une enquête auprès des parents, enquête qui révèle que les enfants porteurs de handicap doivent subir des heures de trajet.

Une maman bruxelloise témoigne :

À Bruxelles, c’est à 6h45 que le bus aurait dû passer prendre Charlotte pour aller vers son école. Elle était 2e sur la liste de passage. Restait donc à continuer la tournée pour enfin arriver à l’école vers 8h20.

Le soir, elle serait montée dans le bus à 15h30 pour rentrer à la maison entre 17h30 et 18h30.

Pourquoi dès lors n’est –ce toujours pas possible que les cars utilisent les voies prioritaires sur tout le territoire bruxellois, comme les bus et les taxis? Qu’est-ce qui bloque à la STIB pour installer des panneaux à tous les arrêts ?

Tous ces exemples font la preuve qu’il n’y a pas de véritable politique d’inclusion de l’ensemble des personnes porteuses de handicap, de la naissance à la mort. Mais plutôt d’une politique de saupoudrage. Avec pour conséquence de laisser des centaines de situations sans solution acceptable.

Pour terminer, je veux revenir l’accueil de la petite enfance.

En début de législature, 7500 nouvelles places nous étaient annoncées.

Finalement, vous n’en n’aurez créé qu’à peine 2000. Même pas un tiers de votre objectif initial. Que répondez-vous aux parents et plus particulièrement aux mères qui ne trouvent pas de places ?

Au cours des années, et des budgets successifs, la Cour des Comptes n’a cessé de pointer du doigt l’encours qui s’accumulait au cours des années, suite aux moyens alloués depuis 2013 par la Région de Bruxelles Capitale.

Dans l’intervalle, nous avons appris que la Cocof est habilitée à ouvrir elle – même des places de crèche.

En commission, nous avons appris que l’encours se monte aujourd’hui à 27 millions d’€, mais que vous ne comptez pas faire de la Cocof un opérateur, car elle n’aurait pas le personnel compétent à disposition et que s’il fallait dépenser les 27 millions en une fois, il y aurait des problèmes de trésorerie.

Bruxelles manque cruellement de places en crèche, particulièrement dans les quartiers défavorisés. Par rapport aux promesses faites en début de législature, il en manquera 5500, soit plus de 2/3. Il y a les compétences légales, et il y a l’argent.

Pourquoi ne pas établir un plan pour former le personnel et mettre des équipes sur pied pour être opérateur, et répondre enfin aux besoins des parents ?

 

En conclusion, le PTB ne pourra approuver ce budget, qui ne répond pas en priorité aux besoins les plus fondamentaux des Bruxellois.

Accès aux soins de santé, handicap, petite enfance, il n’y a pas de quoi pavoiser pour votre bilan de 5 ans. Cela montre une fois de plus l’importance du rapport de force qui sera à créer sur le terrain pour forcer le monde politique de prendre au sérieux les revendications des Bruxellois, et y consacrer les moyens financiers indispensables

 

 


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