Coronavirus : les gardiens de la paix se sentent délaissés par leur hiérarchie

Nous avons recueilli plusieurs témoignages de gardiens de la paix. En cette période de confinement nécessaire à la lutte contre le coronavirus, ils et elles sillonnent les rues de notre ville. La plupart continuent leur travail dans des conditions très difficiles, mais ne se sentent pas en sécurité : manque de matériel adapté et manque d’écoute de leur hiérarchie.

(Photo : Belga)

 

« Je suis fier de faire ce travail au service des gens. En période de confinement c’est d’autant plus important que les gens se sentent bien, en sécurité s’ils doivent sortir en rue. Notre rôle est important » précise d’emblée J., gardien de la paix à Molenbeek.
Il ajoute de suite : « Mais alors dans des conditions sécurisées, avec des horaires et des missions adaptées ! »

M., gardien de la paix à Schaerbeek, témoigne de l’ambiance pesante dans laquelle ils doivent travailler. « On a peur de choper ce foutu virus, de le transmettre. On part travailler la peur au ventre et on est inquiets lorsqu’on retrouve nos proches après le service. On a peur de les contaminer ».

« Si seulement on avait un meilleur équipement ! Au début du confinement nous étions très mal ou même pas du tout équipés. Mais les choses se sont améliorées grâce à la pression. Désormais gants et gel sont fournis. C’est plus dur pour les masques, certains ont été livrés, des masques en tissu non-stérile, mais ils ne sont pas pratiques et ont voyagé entre de nombreuses mains, c’est pas rassurants » s’inquiète A. de Bruxelles-Ville. Il s’emporte : « Et puis comment voulez-vous respecter les mesures de distanciation sociale, par exemple dans la salle de repos si on est plusieurs, ou bien avec son binôme avec qui on passe toute la journée. Et s’il faut aider des gens démunis, on fait comment ? ».
A Schaerbeek, un gardien témoigne de son incompréhension: « On vient de nous retirer les gants qu’on nous avait fourni pour que le personnel à l’accueil de la commune puisse le utiliser. On a juste un petit flacon de gel par jour qui permet de nous laver 2-3 fois les mains mais ce n’est pas suffisant ».

Toutes et tous disent sentir que la population respecte de mieux en mieux les règles de confinement, que les gens se conforment, qu’il y a très peu de circulation, et que leur mission d’information et de sensibilisation porte ses fruits. « Au tout début c’était très difficile explique J. de Molenbeek, on se faisait régulièrement insulter, mais là maintenant les gens ont compris l’enjeu de rester chez soi ».

« Avec les publics très précarisés, comme les SDF ou les toxicomanes, la situation est particulièrement dramatique, surtout au centre-ville. Là on est impuissants et vraiment en difficulté. Nous ne sommes pas habilités à intervenir même si on voudrait bien les aider davantage » souligne A. « Le souci c’est que nos missions ne sont pas claires, et elles le sont encore moins en période de crise comme celle que nous vivons. On nous demande de faire respecter la distanciation sociale dans les parcs, ou que les gens se conforment dans les files des commerces. Mais souvent les consignes ne sont pas assez précises et on n’a pas non plus les moyens de les faires appliquer. On a besoin d’explications claires t de formations adaptées ».

Dans l’espace-public les gardiens de la paix ont de moins en moins de travail par rapport à leurs missions habituelles (présence dissuasive, sensibilisation, relais entre la commune et la population). Certains verraient d’un bon œil qu’ils puissent faire davantage dans des missions de solidarité, adaptées en temps de crise, comme aider les personnes âgées à porter leur courses par exemple. Tous sont favorables à la réduction de leurs horaires, à la mise en place d’un travail par shift, en tournante, en effectif réduit. Ce serait utile aussi pour pouvoir appliquer les mesures de distances entre les employés.

En arrière-plan, ils et elles souffrent du mépris de leur hiérarchie. Il y a un sentiment de deux poids deux mesures. « On ne nous écoute pas nous les gardiens de la paix, on est tout en bas de l’échelle du personnel communal, et on se permet de nous envoyer au front sans moyens ni consignes claires, parfois pour des tâches inutiles. Ce qu’on veut c’est continuer à exercer notre métier mais dans des conditions sécurisées et adaptées à la crise du corona. Au moins recevoir une prime de risque, c’est normal. Fin janvier on nous a même supprimé les primes annuelles pour l’entretien de notre uniforme et pour l’achat de chaussures » raconte A. de Bruxelles-Ville.

Le PTB exprime toute sa gratitude aux gardiens de la paix qui continuent leur travail dans des conditions difficiles, et soutient les revendications suivantes.

- Instaurer une prime de risque. Car les gardiens de la paix ne peuvent faire du télétravail ou observer un confinement, ils et elles mettent leur santé en péril pour aider les gens.
- Ré-instaurer là où cela a été supprimé les primes annuelles auxquelles ils et elles avaient droit avant. Il s’agissait d’un aide pour laver leur vêtement et s’acheter des chaussures spéciales.
- Adapter les horaires avec travail en équipes réduites, par shift, un jour sur deux, pour pouvoir respecter les mesures de distanciation, avec garantie de revenus.
- Respecter les conditions de sécurité et d’hygiène : les Communes doivent fournir gel, gants et masques en suffisance, il faut des règles plus strictes de distanciation sociale au travail.


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  • Loïc fraiture
    a publié cette page dans Actualités 2020-04-02 18:37:13 +0200

Prêt.e pour la grande vague du changement social ?