Les choix du gouvernement bruxellois : entre cadeaux au privé et une allocation-loyer qui se fait attendre

En pleine crise du coronavirus, la majorité bruxelloise PS-ECOLO-Défi choisit une belle enveloppe pour le secteur privé de l’immobilier. Les locataires bruxellois(es) en difficulté quant à eux devront encore attendre la leur...

Silver Tower, image SPRB

 

En mai dernier, la Région bruxelloise a décidé de renoncer à son droit de préemption (le droit de priorité pour l'achat d'un bien immobilier) pour l’immeuble Silver Tower, qu’elle occupera avec son administration dans quelques mois pour une durée de 18 ans. Pourtant, la Région aurait pu devenir propriétaire de la Silver Tower mais l’a laissé dans les mains d’un promoteur privé allemand.

Le promoteur privé allemand Deka Immobilien est donc devenu propriétaire de la Silver Tower en mettant sur la table environ 200 millions d'euros. La Région sera le locataire de l’immeuble, qui accueillera les quelques 2000 fonctionnaires du Service Public Régional Bruxellois (déménagement prévu en automne 2020).

Il faut savoir que le loyer annuel s’élève à près de 6 millions d’euros par an pendant 18 ans. On arrive donc à un total de 108 millions de location, soit plus de la moitié du prix d'achat (200 millions) et ce, avec à la clé pour le promoteur privé un rendement de 3.25% par an, alors que les taux d'intérêts sont à peu près à 0%. Finalement, cela aurait même coûté moins cher à la Région d'emprunter pour acheter la tour. La Région va par conséquent, payer un loyer (avec l’argent public) à ce promoteur privé allemand, une opération permettant aussi à ce dernier de bénéficier d’un rendement.

Dans ce dossier, il faut relever également, un autre grand gagnant : le promoteur Ghelamco, qui a donc pu revendre la Silver Tower, alors qu’il y a peu Ghelamco était le grand perdant dans l’affaire du stade national (abandon du projet à son dépens), mais qui pourra grâce à la Silver Tower se consoler avec une vente estimée à 200 millions d’euros, après que la Région ait renoncé à l’achat de cet immeuble.

Il s’agit là, d’une très mauvaise affaire pour la Région qui d’une part, n’investit pas de manière durable et d’autre part, manque cruellement de budget pour les besoins sociaux des Bruxellois(es). La Région aurait pu acquérir cet immeuble afin qu’il reste dans les mains des pouvoirs publics. Cet immeuble aurait pu être orienté vers les besoins de la collectivité. De plus, qu’adviendra-t-il au bout des 18 ans de bail? Il n’y aucune garantie que l’immeuble ne soit pas revendu et à un prix bien plus important que son prix d’achat. Les pouvoirs publics subventionnent donc le privé en favorisant l'investissement spéculatif en laissant au marché privé le soin d’allouer les ressources à leur guise.

Un autre élément interpellant est le contexte actuel dans lequel le gouvernement bruxellois a pris cette décision. Pourquoi avoir pris une telle décision dans le contexte actuel de la crise sanitaire et économique alors que les besoins en infrastructures publiques et les aides aux personnes dans le besoin sont plus que prioritaires ? Pendant ce temps, les locataires Bruxellois(es) attendent la mise en place de la réforme de l’allocation-loyer généralisée, initiée depuis 2018, mais le gouvernement bruxellois traîne à l’activer. Cette réforme simplifierait l’accès à l’allocation loyer et étendrait l’aide à plus de familles. Cette allocation constitue une aide financière qui a pour but de couvrir une partie du loyer afin de permettre au locataire à faibles revenus de louer un bien approprié.

Le « débat » au Parlement bruxellois était pour le moins aussi rapide que la prise de décision d’offrir la Silver Tower au privé. Tout d’abord, lors de la commission logement du 28 mai, nous devions discuter du texte permettant d’activer la réforme de l’allocation-loyer. Cependant, la majorité bruxelloise (PS Ecolo Défi) avait demandé un report du texte au 2 juillet au motif que le gouvernement était en train de travailler dessus et que cela serait fait d’ici cette date. Le 2 juillet, le scénario se répète et le texte est une nouvelle fois reportée par l’exécutif. La majorité PS-ECOLO-DEFI a donc fait le choix de reporter le débat sur la mise en place de l’allocation-loyer généralisée, empêchant toute discussion de fond. Un déni de démocratie, où les Bruxellois(es) devront encore attendre une hypothétique aide pour payer leur loyer. Une réponse à ce dossier est très attendue de la part du gouvernement bruxellois d’ici l’automne 2020.

Par ailleurs, concernant le contenu de cette allocation-loyer, tout d’abord, ce système d'allocation a un effet pervers de participer à l'augmentation des loyers s’il n'est pas accompagné d'une grille des loyers contraignante, puisque le mécanisme de marché continue d'opérer librement. D’autre part, étant donné que l’octroi de l’allocation-loyer se fait en référence de l’actuelle grille des loyers, les locataires seront contraints d’habiter un logement dont le prix ne pourra pas dépasser le loyer de référence maximum de cette grille. Si c’est le cas, le locataire ne reçoit pas son allocation. C’est la double peine pour lui. Et le monde à l’envers, les loyers sont trop élevés parce que le gouvernement ne rend pas la grille des loyers contraignante et c’est encore la faute des locataires.

C'est la raison pour laquelle, pour le PTB, il est essentielle d’avoir une grille des loyers contraignante en parallèle de l’allocation-loyer, afin de faire baisser les loyers, au lieu de subsidier au final de gros propriétaires privés avec de l'argent public. C’est de cette manière qu’on aidera le mieux les familles à récupérer du pouvoir d’achat.

Le PTB a donc lui-même des critiques par rapport au mécanisme actuel de l’allocation loyer, mais bloquer la discussion de fond comme l’a fait la majorité est juste anti-démocratique.

En conclusion, en pleine crise du coronavirus, les choix de la majorité bruxelloise PS-ECOLO-Défi se sont donc tournés vers une belle enveloppe pour le secteur privé de l’immobilier. Les locataires bruxellois(es) en difficulté devront encore attendre la leur.

Le PTB sera attentif au suivi de l’allocation-loyer, les paroles de la majorité doivent se transformer en actes concrets. Nous continuerons à défendre le droit au logement abordable pour tous les bruxellois(es).

 


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