Un plan de mobilité social pour en finir avec les embouteillages et la pollution de l'air à Bruxelles.

Bruxelles est la 14e ville européenne la plus saturée en trafic d'Europe. Les personnes devant circuler dans et autour de Bruxelles passe une moyenne de 41 heures dans les embouteillages1. Les conséquences sont dramatiques au niveau social, économique et écologique. Plus de 600 personnes meurent prématurément tous les ans à Bruxelles à cause de la pollution générée par le trafic. Sans compter toutes les maladies respiratoires qui en découlent auxquelles nos enfants sont particulièrement sensibles. Le meilleur moyen de réduire cette pollution, c’est de diminuer de manière significative le nombre de véhicules qui circulent dans la région et de permettre aux gens de se déplacer avec des alternatives comme les transports en commun ou encore le vélo, les voitures partagées, etc. Et il faut le faire en garantissant qu’au niveau social il n’y ait pas d’impact négatif. Réduire la pollution ne doit pas conduire à aggraver les inégalités déjà très profondes dans la région bruxelloise.

Il est nécessaire qu'un plan de mobilité ambitieux soit mis en marche pour en finir avec les embouteillages et la pollution de l'air à Bruxelles. Les voitures et les camions étant la source principale des émissions de particules fines, dont les PM 2,5 (les plus dangereuses). La zone de basses émissions, telle que le gouvernement Bruxellois va la mettre en place à partir de janvier 2018, n'est malheureusement pas la solution durable et sociale dont nous avons besoin. Explications.

 

Le PTB propose un plan concret pour améliorer la mobilité et la qualité de l'air:

* Introduire le Easy Pass : étendre l'accès de l'abonnement STIB aux réseaux De Lijn, TEC, SNCB et Villo sans frais supplémentaires. Cela permettrait un report modal vers les transports en commun de 5 %.

* Prévoir des compensations à l'interdiction des voitures polluantes : un abonnement Easy Pass de 5 ans minimum pour chaque utilisateur de la voiture.

* Si les vieilles petites voitures polluantes sont interdites, alors les grosses cylindrées récentes doivent l'être aussi.

* Créer un organe publique regroupant la STIB, le TEC, De Lijn et la SNCB qui sera responsable des transports publics dans une zone « Bruxelles-Métropole », coordonner les horaires des différents lignes et prévoir des affichages intégrés de tous les réseaux.

* Développer des parkings de dissuasion gratuits aux gares de départs

* Prévoir des campagnes d'informations sur l'utilisation des différents réseaux de transports.

* Revoir le système des voitures de sociétés pour investir dans les transports en commun (SNCB, De Lijn, TEC, STIB) bon marché, confortable, fréquent, flexible et rapide.

*Arrêter d'investir des millions dans les tunnels bruxellois et mettre en place un plan afin de les fermer petit à petit.

* Accélérer la finalisation du RER et augmenter les fréquences.

* Accélérer l'installation des pistes cyclables sécurisées dans toute la Région, à l'image de Copenhague.

* Développer le vélo dans les quartiers populaires et installer des box vélos sécurisés et gratuits.

* Introduire une deuxième semaine de la mobilité pour des formations pour développer l’usage du vélo.

* Garantir les services de proximité, comme les crèches, les écoles, les bureaux de poste, les agences bancaires, les centres sportifs, etc pour favoriser les déplacements à pied.

 

Avec le plan actuel de zone de basses émissions, les familles modestes paient, par contre les porsche continueront à polluer gratuitement

Une zone de basses émissions est censée évincer les voitures les plus polluantes. Le gouvernement bruxellois a pour projet d'interdire les vieilles voitures diesel (datant d'avant 1997) à partir de janvier 2018. En 2019 les vieilles essences seront également concernées. Mais pourquoi alors ne pas interdire les grosses cylindrées style Porsche Cayenne, qui comme chacun le sait sont lourdes, bien plus puissantes qu’une vieille Clio d'il y a 20 ans, consomment beaucoup et donc polluent aussi très fort. Elles émettent également plus d'oxydes d'azote (NOx), tout aussi nocif pour la qualité de l'air, que les vieilles voitures essences. Pourquoi ce régime deux poids deux mesures ?

C'est d'autant plus injuste que l'affaire du DieselGate a mis en lumière les méthodes frauduleuses du secteur automobile pour trafiquer les logiciels de ses voitures. Résultats, les voitures polluent bien plus que ce que les constructeurs prétendent. Selon Test-Achat, encore 130.000 véhicules équipés du logiciel frauduleux circulent en Belgique, car la mise à jour du logiciel frauduleux n’est pas obligatoire.

Dans le projet de loi qui est prévu pour le moment, rien n'est clair non plus sur des compensations qui seraient données pour aider les familles dont le véhicule sera interdit. Ce serait pourtant le minimum que de fournir des abonnements gratuits aux transports en commun pendant au moins 5 ans afin de ne pas aggraver les inégalités sociales. Par contre, la loi décrit pendant 65 pages comment les contrôles et les amendes seront établis sur tout le territoire de la région. 350 euros seront perçu en cas d'infraction. A Anvers, la zone de basse émission a déjà rapporté à la Ville 7 millions d'euros en 6 mois2...et là-bas l'amende n'est « que » de 125 euros et la zone plus petite que ce qui est prévu à Bruxelles. Cela fait tout de même penser à la poule aux œufs d'or...Telle qu'elle est prévue maintenant, la zone de basses émissions à Bruxelles fait donc surtout payer les familles plus modestes, mais laisse polluer les voitures de luxe...

 

Pas de baisse significative du trafic

Différentes études ont été menées avec les expériences de zone de basses émissions dans d'autres villes d'Europe. Les cas de Londres, Göteborg et Berlin qui ont été étudiés en 2015 ne montrent pas de réduction de trafic qui peut être lié uniquement à la zone de basses émissions. Par contre le renouvellement du parc automobile dû à cette zone de basses émissions est lui indiscutable3. Mais pendant ce temps, le gain au niveau de la qualité de l'air ne sera pas si efficace puisque beaucoup de voitures continueront à rouler. Sans compter les émissions de CO2 qui seront toujours présentes également et nocives pour le climat. Bref, les heures perdues dans les embouteillages continueront.

 

Les familles modestes trinquent, les actionnaires de l'automobile jubilent

Une zone de basses émissions, qui ne prévoit pas suffisamment d'alternatives ou de compensations à la voiture comme c'est prévu à Bruxelles, encourage donc le renouvellement du parc automobile. Et qui en profitera ? Et bien ce sera tout bénéfice pour les actionnaires du secteur automobile. C’est tout de même un comble de leur faire ce cadeau alors qu’ils ne se sont pas gênés pour frauder sur les émissions de polluants qui sortent de leurs véhicules...

 

La zone de basses émissions Bruxellois manque d'ambition pour réduire la pollution

Si le gouvernement bruxellois voulait mener une politique ambitieuse pour réduire la pollution, il devrait s'y prendre autrement.

Tout d'abord ne pas accentuer les inégalités sociales si une zone de basses émissions est mise en place. Non seulement il faudrait interdire également les grosses cylindrées de rouler en ville mais prévoir aussi des compensations, des incitants positifs pour que les gens puissent se passer de la voiture sans être pénalisés pour se déplacer. C'est pour cela que le PTB propose des abonnements MTB gratuits pour au moins 5 ans en échange de la voiture et jusqu'aux 25 ans des enfants pour les familles. Ensuite, l'offre des alternatives doit clairement être développée. Priorité au développement des transports en commun, à la diminution de leurs tarifs, à l'avancée du RER, au développement de pistes cyclables sécurisées comme à Copenhague et la mise en place de box vélos gratuits dans les quartiers.

Le PTB a déposé aussi une résolution au parlement bruxellois, comme mesure d'urgence pour diminuer les déplacements en voiture, qui demande l'accès des abonnements STIB à tous les réseaux de transport (TEC, De Lijn, SNCB) sans frais supplémentaires. Cela permettrait, sans que cela coûte, un report modal vers les transports en commun de 5 %4. Sans ces solutions collectives, la diminution de l'utilisation de la voiture ne pourra pas se faire. C'est aussi le meilleur moyen pour garantir un accès à la mobilité pour tous.

 

1https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_les-belges-ont-perdu-en-moyenne-21-heures-dans-les-embouteillages-en-2016?id=9534727

2https://nieuws.vtm.be/binnenland/lez-leverde-antwerpen-al-7-miljoen-euro-op

3http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=6325

4http://weblex.irisnet.be/data/crb/doc/2015-16/130138/images.pdf#page=


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