La commune de Molenbeek était face à un exercice budgétaire historiquement difficile. La commune et le CPAS ont dû se séparer de 40 travailleurs et réduire de moitié la prime de fin d’année. La majorité communale (PS-PTB-MAMA) était face à un dilemme : les licenciements ou la faillite. C’est un cadre injuste dans lequel sont prises des mesures injustes. C’est injuste que les travailleurs doivent payer pour l’étranglement financier. C’est injuste que les travailleurs soient mis devant ce dilemme. Une explication de ce qui a été imposé à la coalition progressiste de Molenbeek et des pistes pour s’en sortir dans le futur.
Depuis le début, la nouvelle majorité résiste à l’étranglement : d’abord en faisant payer les épaules les plus larges.
Molenbeek, une commune de près de 100 000 habitants, hérite d’une mauvaise gestion du passé et d’un sous‑financement chronique. C’est la commune la plus pauvre de Belgique et un tiers de son budget (75 millions sur un budget de 250 millions) est consacré aux trois « P » : Pauvreté (CPAS), Police et Pension. Trois compétences du fédéral, mais que le gouvernement refuse de financer en grande partie. À cela s’ajoutent la réforme du chômage et la fusion des zones de police, qui ajoutent des charges supplémentaires. Voilà pourquoi nous parlons d’étranglement de l’Arizona sur les communes (consulter notre brochure sur ce sujet).
Dans ce cadre budgétaire extrêmement difficile, plusieurs avancées ont quand même été réalisées : les travailleurs de propreté ramassent 200 tonnes de déchets par an en plus grâce à une organisation plus efficace des tournées. Plusieurs services, associations et habitants engagés se sont mis ensemble dans le quartier Brunfaut et ont pu rendre le quartier visiblement plus propre. Face à l’amiante, et grâce à la mobilisation des locataires, la commune a pu arracher 15 logements sociaux alternatifs pour reloger les familles qui en avaient le plus besoin. Enfin, la jeunesse molenbeekoise dispose d’un espace pour elle : à MolenMix, on peut travailler ensemble sur des projets, étudier dans un cadre serein et avoir accès à toutes les informations dont la jeunesse molenbeekoise a besoin.
L’année dernière déjà, la commune a dû combler un trou budgétaire de 10 millions d’euros. À l’époque, la commune a réussi à ne pas faire porter l’effort sur le personnel ni sur les habitants. La majorité est allée chercher des recettes auprès des épaules les plus larges : les grands bureaux, les grandes surfaces commerciales, les parkings privés, les panneaux publicitaires, etc. Mais les leviers pour toucher le grand capital à l’échelle communale sont très limités. La commune a également réalisé des économies dans d’autres domaines, notamment en réduisant les dépenses liées aux collaborateurs politiques – la commune travaille avec 1 échevin et 4 collaborateurs en moins par rapport à la majorité précédente – et en améliorant l’efficacité des services. Elle a aussi renoncé intégralement à la prime de fin d’année pour les échevins. Le PTB se bat pour que les échevins donnent l’exemple et veut évidemment aller plus loin.
Cette année, la commune a de nouveau dû faire face à un déficit supérieur à 10 millions d’euros, principalement lié à l’indexation des salaires, à des dotations du fédéral qui ne suivent pas et à des suppressions de subsides qui se chiffrent à plusieurs millions d’euros.
« En volant 4 millions d’euros à Molenbeek, le gouvernement Bouchez‑De Wever a imposé ces licenciements à Molenbeek. »
Une grande partie de ce nouveau déficit a pu être absorbée par des mesures qui ne touchent pas directement le personnel, mais qui sont quand même douloureuses : par exemple, l’augmentation des recettes du parking et l’augmentation de l’IPP. Il y a eu aussi toute une série d’efforts dans les dépenses de fonctionnement, et encore des augmentations des taxes qui visent les épaules les plus larges. En plus de cela, le PTB a poussé dès le début pour que les échevins diminuent leur salaire. Sur ce point, il n’y a pas d’accord avec les autres partenaires de la majorité. Nous reviendrons sur ce point aussi souvent que nécessaire. Entre‑temps, nous avons obtenu que les échevins renoncent complètement à leur prime de fin d’année pour la donner aux plus bas salaires. Malgré tout cela, il restait encore 4 millions d’euros à trouver.
Le chantage des banques et le pouvoir de la tutelle
En 2015, la commune de Molenbeek a reçu un soutien de la Région de 27 millions d’euros. Ce soutien allait de pair avec un plan d’assainissement strict afin d’imposer un budget en équilibre chaque année. Et aujourd’hui encore, chaque décision est soumise au contrôle d’un inspecteur régional. C’est ce qu’on appelle « la tutelle ».
Début d’année, le poids des efforts exigés par l’inspection régionale pour arriver à l’équilibre représentait le double de ce que la commune a finalement accepté de faire comme efforts. Il était envisagé de supprimer 80 personnes au lieu de 40, de supprimer la totalité de la prime plutôt que la moitié. La commune devait aussi envisager des mesures comme la privatisation de la piscine communale. Au CPAS, des efforts plus durs auraient dû être faits, comme la fermeture de services tels que la maison de repos Arcadia. La majorité communale s’est fermement opposée à ce scénario catastrophe et a refusé la moitié de ces efforts exigés. Le budget 2026 a laissé ainsi en déficit 1,8 million d’économies refusées. Ce choix a finalement sauvé 40 emplois et plus de la moitié de la prime pour les 2100 travailleurs de la commune et du CPAS. La majorité a aussi refusé la fermeture de notre home ou la privatisation de notre piscine olympique.
Pour le PTB, il était hors de question de faire payer le personnel communal pour cette austérité imposée d’en haut. Ce choix n’a été accepté ni par les banques, ni par la tutelle. D’un côté, l’inspection régionale de la tutelle, qui exerce un contrôle financier sur la commune et qui vérifie tous les comptes, doit donner son accord pour chaque ligne budgétaire. Sa mission principale : atteindre l’équilibre par tous les moyens, y compris couper gravement dans le personnel. Dans les faits, chaque décision budgétaire doit être soumise à cet inspecteur. Il faut aussi savoir que la Région limite fortement les communes dans leur capacité à taxer les grandes entreprises, sur base d’une loi libérale. De l’autre côté, les banques risquaient de ne plus prêter les avances de caisse nécessaires pour le paiement des salaires si la commune ne déposait pas un budget « satisfaisant » rapidement. La majorité a alors réussi à limiter la casse, mais elle n’a pas sauvé complètement les emplois et la prime, par manque de rapport de force.
Et pour 2027 ? Au moins 5 millions à récupérer au fédéral et à la Région.
Le PTB était face à un dilemme : licencier ou quitter la majorité ? Face à la pression de la tutelle et des banques, face à la réalité de l’étranglement financier, nous aurions pu céder et tirer la prise. Nous avons fait le choix de résister en restant au sein de la majorité. Car le risque de ne plus payer les salaires n’allait pas disparaître sans nous, ni la situation catastrophique des finances. Comme plusieurs travailleurs nous ont dit : « Il faut que vous restiez, parce qu’avec vous on va pouvoir se battre. » Notre objectif est effectivement de nous battre, ensemble avec les travailleurs et les habitants, pour un refinancement de la commune. Et dans cette bataille, nous lançons un appel aux autres communes à nous rejoindre.
Dans l’immédiat, ce que nous demandons, c’est le paiement de la facture que l’Arizona n’a pas payée : à savoir 5 millions d’euros. Cela représente quoi ?
• Que le gouvernement fédéral compense intégralement le coût de la fusion des zones de police pour Molenbeek. Sans intervention supplémentaire du gouvernement fédéral, la dotation communale à la Zone de Police augmentera encore de 1 million en 2027. Pas question que la commune doive économiser ou licencier du personnel communal pour payer la fusion.
• Que le gouvernement fédéral revienne sur la suppression de la seule aide qu’il octroyait aux communes pour le paiement des pensions ; cela représente un peu moins d’un million par an.
• Que le gouvernement fédéral finance mieux le CPAS, afin qu’on arrête la dynamique infernale où la dotation communale au CPAS doit augmenter de 2,5 millions chaque année, comme c’était le cas les années précédentes. Dans l’urgence, le minimum est qu’ils ne diminuent pas le remboursement à 100 % des personnes exclues du droit au chômage. Et à terme, qu’ils compensent les Revenus d’intégration sociale à plus de 70 % pour les grands CPAS qui ont le plus de Revenus d’intégration sociale à charge.
Ensuite, il est crucial que les subsides et dotations que nous recevons suivent le coût réel de la vie. La dotation la plus importante, la dotation régionale, n’a pas suivi le coût de la vie depuis 2020. Cela a fait perdre 10 millions en recettes à la commune. Nous demandons donc que, chaque année, la dotation régionale et les subsides régionaux soient augmentés d’un million supplémentaire par rapport aux montants prévus.
Il est hors de question qu’on nous impose de nouvelles coupes pour les années à venir. Nous ne l’accepterons pas. Mais empêcher de nouvelles coupes ne sera possible que s’il y a une pression populaire. Les échevins PTB tout seuls ne peuvent pas faire face à l’étranglement du fédéral, des banques et de la tutelle. Mais ensemble, avec les travailleurs et les Molenbeekois, ils peuvent y parvenir. Nous restons dans cette majorité pour nous battre avec les Molenbeekois et récupérer les 5 millions que le gouvernement Arizona nous a volés.